CAROLINE. — LA CONSPIRATION DE
Les lettres originales furent remises à l'Empereur. « Les ratures faites à quelques-unes, écrit Savary, ne pouvaient se deviner à mon ministère sans y commettre le roi, ce que je n'ai pas cru convenable, et j'ai jugé qu'au Cabinet de l'Empereur on les expliquerait beaucoup mieux. » Le colonel Bâcler d'Albe, chef du Bureau topographique, semble en effet avoir été chargé de ce déchiffrement. « Ensuite, cette correspondance fut, sur l'ordre de l'Empereur, dit Meneval, déposée aux Archives impériales. » Comme Talleyrand y était compromis, on ne doit pas s'étonner qu'on l'y cherche vainement. Pourtant le cas ne devait pas être pendable, carFouché, qui paraît y avoir été le plus souvent nommé, fut l'objet, à ce moment même, (22 août) d'une mesure gracieuse de la part de l'Empereur qui adoucit singulièrement son exil en lui permettant « de venir passer l'automne à sa campagne » de Ferrières.
Napoléon ne pouvait penser, sur de telles articulations, à faire son procès à Aymé, que, deux mois auparavant, il avait nommé baron de l'Empire sur institution de majorât et qui, officier de la Légion d'honneur, trésorier de la 12"' cohorte, ci-devant intendant général de Murât grand-duc de Berg, actuellement premier chambellan, conseiller d'Etat, grand cordon de l'Ordre des Deux-Siciles, connaissait trop de choses et tenait à trop de gens pour n'être pas à ménager. On tira de lui ce qu'on put et ce fut peu de chose, si, dans ses interrogatoires, on a pris note de tout ce qu'il a dit. 11 y niait même d'être agent secret du roi de
Naples, alors qu'on avait son chiffre et partie de sa correspondance ; à croire Napoléon lui-même, il avait été moins discret à d'autres moments.
Ce qui est certain, c'est qu'on usa de clémence à son égard. Le 3 septembre, il acquiesça au décret rendu contre lui le 19 août, se démit des charges qui lui avaient été conférées par le roi de Naples et engagea « sa parole d'honneur de ne correspondre ni directement, ni indirectement avec Naples et de ne porter ni prendre aucune décoration ni marque distinclive, ni aucun titre appartenant à la cour de Naples ». Là-dessus toutefois, il ne fut point relâché : il le fut seulement le 23 novembre, où, sur la haute intervention de Caroline, il reçut, avec la liberté, l'injonction de se rendre directement dans le département des Deux-Sèvres où était située sa terre de la Chevrelière et d'y rester jusqu'à nouvel ordre. Pour La Vauguyon qui n'avait été nullement impliqué dans l'affaire des diamants, les choses s'étaient passées plus simplement. Pris de peur, lors de la première perquisition chez Aymé, il avait brûlé ses chiffres et ses papiers et n'avait point été étonné de recevoir l'ordre de partir pour Naples dans les vingt-quatre heures.
; Toutefois, rien ne prouvait que, Aymé pris et La Vauguyon parti, l'agence ne continuât pas à fonctionner
* par quelques Français moins connus. Pour s'en assurer, Savary qui savait quels étaient les courriers affidés du roi prit ses mesures pour qu'à leur passage à Lyon, le commissaire général de Police les arrêtât sous quelque prétexte, saisit leurs dépêches et les lui expédiât.