CAROLINE. — INQUIÉTUDES DE MURAT
Dès le 24 août, 3Iurat a reçu des avis sur la recherche que fait la police de ses correspondants, car il éprouve le besoin de protester de son dévouement, d'offrir ses services, de demander à être employé en cas de guerre : « Je serais bien malheureux, écrit-il, si Votre Majesté avait changé, parce que je ne vois pas d'autre moyen de confondre mes vils accusateurs qu'en cherchant de nouveau à verser mon sang- pour votre service. De grâce, ne me refusez pas. » Et il termine ainsi : « Sire, je suis bien malheureux, oh oui! bien malheureux ! rendez-moi votre amour. Jamais je ne méritai d'être traité avec tant de rigueur. Non, je ne l'aurais jamais pensé, non jamais ! Vous avez pu croire plutôt à des personnes qui vous sont étrangères qu'à celui qui est votre ouvrage et qui par-dessus tout vous adore pour son malheur. » Le lyrisme des protestations s'accroît en raison des craintes que l'Empereur ait trouvé les vraies pistes, mais il en est diverses qu'on peut suivre ; certaines ne mènent à rien ou presque; d'autres sont les bonnes qui conduisent à la félonie qu'à toute force Murât veut cacher. Le 28 août, il a su de quoi on l'accuse : ce n'est encore, semble-t-il, que l'affaire des correspondances d'Aymé, ou, tout au plus, les lettresdeFouché.Ilfait donc encore encore bon visage et se prépare à nier lorsqu'il écrit : « Depuis que j'ai appris la nature des rapports atroces que l'on vous a faits contre moi, je suis au contraire surpris que vous n'ayez pas été plus méchant encore contre moi. Cependant je suis malheureux et je le serai tant que je ne serai pas rassuré directement par
Votre Majesté. Sire, croyez-en votre plus fidèle ami, je suis et je serai toute ma vie le plus dévoué de vos soldats ; mettez-moi à l'épreuve, j'invoque une de vos pensées sur ma conduite passée. » Avec une habileté singulière, il s'esquive sur le terrain qu'il sent fuyant et dangereux et, quitte à imaginer contre soi-même des griefs qu'il n'a point de mal à réfuter, il s'établit en homme qu'on calomnie et qu'on persécute, de façon à invalider par avance les accusations qui pourraient être graves. Ainsi, dit-il que Grenier aurait écrit « que dans le mois de juin, lui Murât, aurait ordonné le désarmement de la place de Gaëte et que depuis il l'avait fait réarmer » ; et il tonne contre ce rapport qui n'a jamais existé ; mais c'est pour finir en écrivant : « Sire, cet état est trop pénible pour moi pour pouvoir le supporter plus longtemps. Il est trop cruel de se voir tous les jours accuser par des Français qui devraient bien plutôt rendre justice à la pureté de mes intentions au lieu de me calomnier, mais Votre Majesté leur a donné trop d'avantage sur moi. Sire, de grâce, faites cesser cet étatde choses et rendez-moi votre confiance, ou bien ne prenez pas une demi-mesure. Je suis bien assez malheureux d'ailleurs, oh ! oui ! bien malheureux! » 11 écrit encore : « Je me flatte toujours que Votre Majesté voudra bien mettre un terme à tout ce que je soufl're et qu'elle ne me laissera pas en butte à des calomnies qui ne devraient pas être écoutées parce qu'elles partent de trop bas et qu'elles ne devraient jamais m'atteindre. »
Voilà qui est imprudent : ce même jour, 3 sep-