CAROLINE. — INQUIÉTUDES DE MURAT
tembre où il expédie ces hautaines apologies, il apprend « par une voie indirecte » que le ministre de la Police générale a fait arrêter Aymé. Au premier coup, il paye d'audace. « C'est une erreur involontaire de la part de la police. » « Il est impossible que ce serviteur de Votre Majesté ait pu commettre le moindre délit et je suis sans inquiétude sur son sort du moment que vous en êtes l'arbitre. Ce sera, Sire, encore quelque faux rapport qui n'a pas été dirigé contre lui, mais dont il peut être la victime. » Mais il a beau dire « qu'il se verra obligé de dévoiler à Sa Majesté bien des iniquités qui feront gémir sa grande âme », il est inquiet, et, ce qui l'achève, c'est lorsqu'il apprend que Durant recherche son bijoutier et l'interroge. Il ne peut plus douter que les diamants d'Espagne n'entrent en jeu.
De Paris, il ne reçoit rien, car son agence d'informations est coupée. Il a une lettre de l'Empereur du 30 août, des plus sévères. On en connaît seulement ces quelques lignes : « Vous vous êtes entouré d'hommes qui ont en haine la France et qui veulent vous perdre. Tout ce que vous m'écrivez contraste trop avec ce que vous faites. Je verrai par votre manière d'agir si votre cœur est encore français ^ » Rien autre.
' Cette lettre dont la minute a disparu des Archives est une de celles dont copie fut remise par M. de Blacas au comte Gastlereagh, pour démontrer qu'en 1814, Murât trahissait les alliés. A cet effet, sur rexpédition remise au Cabinet anglais qui porte cetle attestation : Pour copie conforme : Blacas d'Aulps, avait-on substitué à la date du 30 août 1811, celle du 7 mars 1814, et avait-on introduit des phrases et intercalé des mots qui, à la vérité, sortaient étrangement du style de l'Empereur, mais comment douter d'une authenticité si formellement affirmée?
De La Vauguyon qui va arriver à Naples, il doit attendre des renseignements sans prix, mais, pour le moment, il ne peut supporter de se trouver face à face avec l'amant de sa femme, avec l'homme dont Maghella lui a dévoilé la trahison. Il expédie au-devant de lui un courrier portant l'ordre « qu'il s'arrête là où il le rencontrera, si c'est au delà de Rome, et, si c'est en deçà, qu'il retourne sur-le-champ dans cette ville où il trouvera des ordres et des instructions ministérielles » pour se rendre en Espagne, et y prendre le commandement de la division napolitaine en remplacement du général Compère. Gela est du 10 septembre. La Vauguyon, qui est déjà à Gapoue, répond par sa démission que le roi refuse en réitérant ses ordres, et il se rend à Rome pour attendre les événements.
Cependant d'autres nouvelles sont venues et les inquiétudes de Murât ne font que croître. Après une réconciliation telle quelle avec la reine, il lui demande de partir pour Paris, de voir l'Empereur, de détourner de lui la foudre que Jupiter va lancer. Caroline qui tient à son trône, qui le perd si Murât en tombe, qui trouve sa revanche et sa réhabilitation dans le sauvetage de son mari, qui peut-être n'est pas en condition de lui rien refuser, part sur-le-champ, accompagnée seulement de la duchesse de Gassano, sa dame d'hon-
neur, de M""^ Exelmans, dame pour accompagner, du prince d'Angri, son chevalierd'honneur, etd'unécuyer, M. Buccini. Janvier, le secrétaire des Commandements, suivra.
Part-elle les mains vides? Au dire du ministre de