CAROLINE. — SON DÉFAUT POUR PARIS
Russie à Naples, qui paraît donner la clef de cette étrange aventure, elle emporte « une espèce de diadème fort riche, d'une forme gothique, une ganse de chapeau, une garniture de boutons, des boucles de souliers, un pommeau d'épée, un pommeau de canne », le tout en diamants et provenant de la couronne d'Espagne, dont « elle va, dit-on, faire l'offrande pour calmer la colère de son frère ».
A Rome, où La Vauguyon s'est réfugié, la première demande de Caroline est pour lui. Avant le déjeuner, chez Miollis, « elle a avec lui un long entretien secret », et, après le déjeuner auquel il est admis, « elle a encore avec lui un entretien fort Ion»-. » A Norvins, qu'elle prend en particulier et qu'elle sait si fort lié avec Daure, elle dit « que le roi est tout dévoué à l'Empereur, mais que des informations étrangères ont pu régarer ; que le roi a eu tort parce qu'il devait tout à l'Empereur et qu'il devait prendre les ordres de Sa Majesté avant de rien décider sur les Français à son service ; qu'elle espère trouver lEmpereur à Gompiègne, où elle va de suite rétablir les affaires du roi et retourner à Naples dans deux mois; qu'elle le remercie de la manière avec laquelle il a accueilli et traité les Français venant de Naples (sans en nommer aucun) et qu'il avait bien des amis à sa cour ». Si elle ne dit rien d'xAymé et du motif réel de son voyage, elle paraît « fort mécontente du temps qu'elle a passé à Gapo di Monte qu'elle compare au château d'Udolfi — le château des « Mystères » d'Anne RadclifTe — ; elle se plaint de M. Maghella qui a le
portefeuille de la Police et elle dit qu'elle craint qu'il ne soit nommé ministre; elle approuve hautement l'ordre de quitter Rome signifié par Miollis à Crivelli, consul de Naples à Civita-Vecchia, que Norvins a signalé comme un des organisateurs de l'espionnage ; bref, tout en rejetant les accusations sur les entours de son mari — un peu du reste comme a fait Napoléon — elle justifie et semble approuver toutes les mesures que l'Empereur a dû prendre.
Il est sur le point d'en prendre de bien plus sévères : paraissant ignorer si le maréchal Pérignon est encore gouverneur de Naples — alors que Murât, profitant de ce que le maréchal était en congé, l'a destitué le 7 juin en supprimant sa fonction; que, par un manque absolu d'égards, il a obligé M^^Lanusse, née Pérignon, à quitter Naples le 12 septembre en môme temps que son mari, bien qu'elle fût enceinte et sur le point d'accoucher — l'Empereur pense d'abord à le remplacer par le général Legrand; puis, sur de nouvelles informations, sans tenir compte du décret de Murât, il invite Pérignon à rejoindre immédiatement son poste : il le rétablit, de son chef, dans la place de gouverneur en lui donnant des instructions qui le rendent l'arbitre réel des destinées de Murât : « Sa Majesté Impériale, écrit Glarke au maréchal le 16 septembre, a vu avec peine les démarches auxquelles s'était récemment livré le roi et elle a cru y reconnaître l'influence immédiate d'ennemis de la France, soupçonnés euxmêmes d'être dirigés par la cour de Palerme et par les Anglais... Vous êtes autorisé à assurer Sa Majesté que