CAROLINE. — LE CORPS DIPLOMATIQUE A NAPLES
mystérieux, ceux qu'il a avec l'Aulriche et la Russie sont patents et officiels. L'Empereur, bien qu'il eût dès 1806 conçu le Grand Empire, n'a point osé, à ce moment, refuser aux royaumes feudataires qu'il constituait une représentation diplomatique qui, devant l'Europe, manifestait leur indépendance, et qui, à ce moment de guerre presque universelle, paraissait sans inconvénient. Ayant toléré que Joseph, Louis et Jérôme accréditassent des ministres près des diverses puissances, il pouvait difficilement refuser cette faculté à Murât, roi au même titre. Néanmoins il l'avait vu « avec peine. » « Moins la cour de Vienne aura de relations avec Naples, avait-t-il écrit le 26 août au duc de Bassano, mieux cela vaudra. » Il eût désiré qu'Otto, son ambassadeur à Vienne, « loin de presser le départ du comte Mier — ministre nommé d'Autriche à Vienne — y eût mis indirectement des entraves », mais l'Autriche, justement peut-être parce qu'elle le sentait hostile, n'avait point eu à tenir compte des désirs qu'on n'avait eu garde de lui signifier ouvertement.
I Un chargé d'afîaires est arrivé en juillet et a été suivi, dans les premiers jours de septembre, par un ministre; à ce même moment est arrivé un ministre de Russie. Murât en a pris un grand orgueil. Jusquelà, le corps diplomatique accrédité près de son cabinet se réduisait, pour l'ordinaire, à un chargé d'affaires de France et un chargé d'affaires d'Italie, deux surveillants de l'Empereur; il avait vu arriver un ministre de Hollande, mais qui n'avait pu présenter
ses lettres de créance, son roi ayant abdiqué. Il avait quelque part un colonel Gomez, chargé, disait-on, des affaires de Sa Majesté Catholique, mais la tendresse n'existait guère entre l'ancien et le présent roi de Naples. A présent l'Europe accréditait des ministres près de sa personne : la Bavière, l'Autriche, la Russie ; n'est-ce point là une des causes de son changement d'attitude vis-à-vis de l'Empereur?
Avec la Russie, le temps est passé du grand amour. Jadis, l'empereur Alexandre avait, de lui-même, pris l'initiative d'envoyer à Naples un ministre, M. de Bibicoff, mais Murât, n'ayant eu permission de l'empereur Napoléon de répondre que par l'envoi à Pétersbourg d'un chargé d'affaires obscur, Francesco Brancia, Bibicoff avait aussi cédé la place à un chargé d'affaires, le comte Constantin de Benckendorff, et il en devait être ainsi jusqu'au moment oii arriverait en Russie le ministre du roi de Naples, le prince de Torella, dont le départ était constamment ajourné sur des ordres venus de Paris. Pour activer ce départ auquel il paraissait s'intéresser vivement, le cabinet de Pétersbourg avait annoncé la nomination d'un nouveau ministre, M. d'Alopéus, dont, sur de nouveaux retards, il avait changé la destination. D'abord Benckendorff, très cajolé par la reine, avait eu toutes facilités pour assurer les relâches des navires à pavillon russe qui violaient à tout instant le Blocus continental et pour rendre agréable le séjour de Naples à quantité de personnages russes qui allaient et venaient en Italie : tels le prince de Hostein-Olden-