‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 90 sur 213 · CAROLINE. — MURAT ET LA RUSSIE · texte numérisé non relu

CAROLINE. — MURAT ET LA RUSSIE

bourg-, les conseillers de Cour Bicilly et Wlassopoulo, le comte Potocki, le comte et la comtesse de Witte, le prince Gustave de Mecklembourg-Schwerin, le général major Adado\yroff, quantité d'autres. Le roi et la reine avaient fait grand accueil à la femme séparée du grand-duc Constantin, la grande-duchesse Anne, née princesse de Saxe-Cobourg, laquelle menait à sa suite un jeune Suisse, aussi peu mesuré dans ses repas que dans ses dépenses, et fort soupçonné de traiter la princesse à la Cosaque : réception à Terracine par le général Caracciolo, escorte de lanciers de la Garde depuis la frontière, compliments à l'arrivée par le ministre des Affaires étrangères et le grand maître des Cérémonies, offre d'un double service et des équipages de la Cour, dîners de gala et grands bals, on avait, malgré l'incognito de la voyageuse, déployé toutes les pompes; on en avait si peu d'occasions !

Mais, depuis que le refroidissement entre la France et la Russie semble présager une guerre, Murât, tout en continuant à faire bonne mine à Benckendoriî, paraît avoir donné à ses ambitions un nouvel objectif. L'homme qui, contre l'Empereur, accepte toutes les combinaisons de Maghella et du parti italique en vue de conserver le royaume de Naples^ peut-il en même temps, comme Benckendorff l'affirme dans chacun des rapports qu'il trouve à expédier avec sûreté — car, à la poste, toutes les dépèches en clair sont ouvertes et toutes celles en chiffre retenues — aspirer au trône de Pologne ? De tout autre que de Murât la chose

212 NArOLÉON ET SA FAMILLE

serait incroyable, mais Benckendorff est trop précis pour qu'on puisse en clouter. Ce rêve d'ailleurs chez JMurat ne date point d'à présent : lorsque, le premier de l'armée française, à la tête du l*"" Chasseurs, il fît, le 28 novembre 180G, son entrée dans Varsovie, l'enthousiasme dont il fut l'objet lui tourna la tète. Il se vit roi de Pologne et il accueillit, presque comme tel, l'expression des vœux de la nation que lui apportait unedéputation de la noblesse de Varsovie. L'Empereur souffla sur cet échafaudage. S'il avait fait un roi de Pologne, c'eût été Jérôme, non Murât, mais le rétablissement du royaume eût entraîné des guerres hasardeuses. Il y renonça. La place étant restée vide. Murai imaginait qu'elle était pour lui, que seul il convenait à cette nation équestre qui, à Somo-Sierra, avait prouvé que ses chevau-légers n'avaient point dégénéré des uszars de Sobieski. Au dire de Benckendorff, le roi et tousses entours, la reine même, quoique plus circonspecte, ne se gênaient nullement pour dire « que, comme le royaume de Naples devait devenir province française et que Sa Majesté était aussi portée pour la nation polonaise qu'elle en était aimée, il ne serait point improbable que des événements politiques, peut-être assez prochains, ne donnassent lieu à l'élévation de ce prince, dont les services et les malheurs de la brave nation polonaise mériteraient bien déjà la restauration ». Officiers et soldats parlaient comme d'un fait acquis « de leur marche en Pologne »; Murât prétendait même avoir reçu de l'empereur Napoléon l'expectative de la couronne de Pologne, et

Page 1