‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 91 sur 213 · CAROLIISE. — MURAT ET LA POLOGNE · texte numérisé non relu

CAROLIISE. — MURAT ET LA POLOGNE

ses pensées, ses goûts, ses discours s'en ressentaient de la manière la moins équivoque. Il s'habillait et se coiffait à la polonaise, réglait à la polonaise l'uniforme de ses troupes d'élite, apprenait la langue polonaise et recherchait, avec des attentions tout à fait inusitées, tout Russe portant un nom polonais ou « ayant la moindre connexion en Pologne ». Les exemples que citait à l'appui M. de Benckendorff étaient en effet significatifs.

Déjà réservés avec le chargé d'affaires de Russie, les rapports devinrent plus tendus encore avec le nouveau ministre, le prince Serge Dolgorouki qui apportait de Hollande, oii il avait été ci-devant accrédité près de Louis Bonaparte, cette sorte d'animadversion méprisante contre les Bonaparte qui avait été de ton à la cour de Russie au temps oii ses cousins, « les freluquets » étaient les favoris d'Alexandre. A son arrivée, constatant que, malgré les promesses si souvent réitérées, le prince de Torella n'était pas encore parti pour son poste, il prétexta une indisposition pour ne pas paraître à la Cour et ne déploya son caractère que lorsque Torella eût été expédié.

Bien qu'il fît nombre et que sa présence flattât la vanité de Murât, le ministre de Russie ne pouvait servir ses desseins, au cas que sa destinée le fixât à Naples : tout autre était pour lui le parti à tirer des envoyés autrichiens. Le comte Mier n'avait point, pour le moment, à sortir de son rôle d'observateur, de l'attitude de réserve qui lui étaient imposées par les instructions, vu « les doubles liens de parenté et

et d'affinité entre l'empereur et Leurs Majesté Siciliennes », mais, attendant les confidences, il se tenait prêt à les recevoir et à les transmettre, sachant qu'elles ne pouvaient tourner qu'à l'avantage de son souverain ; et elles ne tardèrent pas sans doute à venir, car, au sens général des renseignements qu'il fournit sur « les prétentions et les vexations toujours croissantes de l'empereur Napoléon, » aux tendances, à la forme qu'il y donne, à mille détails qu'il relate, on ne peut douter qu'il ne soit directement informé. C'est là son droit d'envoyé autrichien. Tout pas que fait Murât pour affirmer son indépendance est un échec pour la politique française, un succès pour la politique autrichienne. L'Autriche, qui avait alors des traditions, renouvelle ainsi, sous un autre aspect, la campagne diplomatique qui, en rompant grâce à Marie-Caroline et à Marie-Antoinette, le Pacte de Famille, a assuré, par la désunion de la Maison de Bourbon, l'affaiblissement de la France. Dans le système napoléonien du Grand Empire, elle s'attaque au sujet qu'elle juge, à bon droit, le plus facile à entraîner et dont elle n'a pas eu de peine à discerner l'ambition, la vanité et la sottise. Dès les premiers jours, une entente — sans doute encore tacite — s'établit entre l'Autriche contrainte de subir l'alliance de Napoléon et Murât contraint de subir sa suzeraineté. Tous deux, portant impatiemment le même joug, deviennent des alliés naturels et, s'ils ne sortent pas dès lors de leur apparente soumission, c'est que, comme dit le comte Mier en envisageantl'hypothèsedela réunion de Naples à l'Em-

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