CAROLLNE. — RÉCONCILIATION AVEC L'EMPEREUR
occupe, ainsi que son service, le pavillon de Flore. On lui a donné un service de bouche et de chambre. Sa Majesté lui a fait donner aussi un service d'honneur composé de deux chambellans et d'un écuyer. » Cette mention est insérée par ordre au Journal des Voyages qui est comme une annexe au Registre des Cérémonies et garde trace de tous les précédents d'étiquette. Caroline est donc ainsi rétablie, à Paris, dans les honneurs royaux, elle est installée, en posture de faveur, dans le palais où l'Empereur sera de retour de Saint-Cloud avant dix jours ; elle obtient, le 23, la mise en liberté d'Aymé ; elle obtient le pardon de Murât « qu'elle engage même à venir à Paris afin de mieux se réconcilier encore » ; même elle espère que Pérignon va être rappelé ! Bien qu'elle ne soit pas dans les bonnes grâces de Marie-Louise, bien qu'elle ne jouisse plus de .celte faveur intime que Napoléon lui accordait lors du mariage, elle est dans la place, et elle saura, par son assiduité, sa souplesse, son intrigue cachée, regagner le terrain perdu et, tout en conservant à Murât leur royaume, se défaire peu à peu des hommes qui ont failli le lui faire perdre. Causant quelques jours plus tard avec Wintzingerode, le ministre de Jérôme, qui s'étonnait, après l'incendie du palais de Cassel, que l'Empereur ne fût pas venu au secours de son maître, elle lui révèle son secret en lui disant « que là-dessus l'Empereur n'entend pas raison et qu'elle n'a pu rester sur un si bon pied à Paris qu'en lui persuadant qu'elle ne venait pas dans l'intention de lui rien demander ».
Non, elle ne demande rien, mais elle se fait tout donner. Elle se prête à toutes les fêtes, elle se rend agréable en toute occasion ; elle suit les chasses ; elle organise des comédies et des quadrilles, elle se met à la suite de l'Impératrice dans ses promenades ; elle comble de présents le Roi de Rome, lui offrant, tantôt cette petite calèche que Tremblay fabrique, que Baltzer cisèle, et que traînent les béliers de Franconi, tantôt une pièce mécanique contenue dans une boîte en or émaillé, d'où sort, par un médaillon entouré de perles fines, un oiseau chanteur tel qu'on en voit en rêve. Vienne le carnaval, c'est elle qui invente les quadrilles, commande les costumes, dirige les répétitions et mène la danse. Elle est la France dans le grand ballet du 8 février ; et, après s'être faite l'inspiratrice de Dupaty pour ses imaginations adulatrices, elle paye son écot de 19891 francs — non sans marchander, car elle obtient un rabais de 1 120 francs.
Au second bal, elle est du quadrille de l'Impératrice, où paraissent les costumes de toutes les provinces de l'Empire; elle n'a garde de s'habiller en Napolitaine comme la princesse Aldobrandini. Elle se fait Dalmate, et cela consiste en une robe de mousseline rayée d'or, passée sur un pantalon de satin blanc rayé de vert, et traversée par une écharpe de satin lilas ; en un voile de mousseline lamée d'or posée sur une coiffure en rubans rouge et argent, et c'est 1 800 francs qu'il en coûte à la cassette de Marie-Louise.
Qu'importe cela? Caroline ne regarde pas à la dépense, quoiqu'elle compte serré; elle paye aussi
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bien cinquante napoléons une robe courte de percale brodée que soixante-quinze un babit de chasse en cachemire rouge brodé et lamé d'or ou en cachemire bleu lamé d'argent. Elle a des manteaux de cent napoléons, en cachemire ponceau brodé d'or, semé de dessins d'ornement brodés d'or, garni et doublé d'hermine, à agrafe d'or et de perles ; elle a des peignoirs de percale ou de mousseline brodée de 1 400, 1 300, 1 200 francs. Ses chapeaux s'envolent en plumes, cinq ici, sept là, neuf ailleurs, et chaque plume augmente le chapeau de 50 francs. Elle a des recherches qui sont rares^, car elle ne reçoit pas, comme d'autres, toute sa toilette de Leroy, chez qui elle ne fait qu'un mémoire annuel de quelque 30000 francs; elle a ses fournisseurs à elle et connaît toutes les bonnes maisons, si bien que ses sœurs et belles-sœurs cherchent sans cesse à surprendre les adresses de ses fournisseurs.
L'Empereur aime ce luxe, cette dépense, cet honneur qu'on fait à sa cour ; il aime qu'on ait l'air gai et l'attitude joyeuse, qu'on ne l'ennuie point de réclamations, de demandes et de maussaderies. De plus, il eut toujours un faible pour Caroline qui excelle à le prendre. Il arrange donc toutes choses, se montre bon prince et pardonne. Mais Murât, dès qu'il se sent sauvé, est tout prêt à abuser : avec cette inconscience qui, après toute chute, le fait rebondir, il s'imagine que, sans avoir donné à la France la moindre satisfaction réelle, au point de vue politique, financier ou militaire, il n'a qu'à reprendre avec l'Empereur l'entre-.
tien où il la laissé. Souverain par la grâce de Dieu, qu'a-t-il à correspondre avec les ministres d'un autre souverain? A la bonne heure, si c'est directement avec l'Empereur! Outre que c'est se mettre ainsi sur un pied avantageux, c'est se ménager sans doute des conditions meilleures qu'il n'en obtiendrait de subalternes obligés à la lettre de leurs instructions. L'Empereur, il est vrai, a interdit à Murât de lui parler affaires; si, comme le roi en fait courir le bruit à Naples, il lui a écrit, c'a été pourêtre agréable à Caroline et achever la réconciliation, mais sans entrer dans aucune question. C'est par son ministre des Relations extérieures qu'il lui a « fait demander son contingent maritime et son contingent de terre ». Cela est fort bien : au duc deBassano répondra le marquis de Gallo, mais à l'empereur des Français le roi de Naples ; et c'est pour faire les plus étranges propositions.
Que l'Empereur lui vende trois vaisseaux, trois frégates et trois corvettes que lui, Murât, paiera en trois années à partir de 1812, et, dans trois ans, il livrera à l'Empereur trois vaisseaux, trois frégates et trois corvettes qu'il aura fait construire, tandis que, de son côté, l'Empereur, avec le prix des bâtiments qu'il aura vendus, en fera construire tout autant, en sorte que, avant trois ans, ce ne sera pas par trois, mais par neuf qu'il faudra compter les unités de son contingent maritime. Seulement, pour l'instant, de ces vingt-sept navires de rêve, il n'en a aucun à fournir de réel. Quant à son contingent terrestre, qui doit être de 17 000 hommes, l'armée, au dire de