CAROLINE. — MURAT S'ENHARDIT
Murât, étant de 23 000 hommes au total, il faut en déduire 6 000 hommes pour les Calabres, 6 000 pour les garnisons des places, 4 000 pour Naples et le golfe, 2 000 pour rarlillerie, total 18 000. « Il ne restera qu'environ cinq à six mille hommes disponibles. » Est-ce vraiment la peine de les déplacer? Ne vaudrait-il pas mieux les laisser dans le royaume? Et voici le fin du fin : « Si Votre Majesté tient essentiellement à avoir le contingent qui n'est certainement pas encore en état d'entrer en campagne, et qui n'est pas même entièrement armé, il faut nécessairement que je forme de nouveaux corps et que je ne sois plus tenu de payer le Corps d'observation de 1 Italie méridionale, car mes finances ne sauraient suffire aux frais des constructions navales, à ceux des approvisionnements de Gorfou, à l'acquiLtement de la dette déjà contractée envers votre Trésor impérial et à l'entretien hors du royaume de 17 000 hommes de contingent et de mon contingent de marine de six vaisseaux, six frégates et six bricks. » Sentant qu'il tient là l'argument majeur — le seul qui puisse émouvoir l'Empereur — car, dans la composition de la Grande Armée, 17 000 hommes, dont partie Français ou commandés par des Français comme la Garde napolitaine, ne sont pas une quantité négligeable — Murât en tire tout ce qu'il peut. D'abord, point de contingent maritime à fournir, point d'exigences au point de vue de ses dettes envers le Trésor : il a, contre les ordres de l'Empereur, levé le camp de Scylla ; il n'a point, malgré les ordres de TEmpereur, rétabli un camp tt
une place d'armes en face de la Sicile ; tout cela passe; l'Empereur admet la conversation sur des sujets où, ci-devant, il donnait des ordres; s'il ne la suit pas lui-même, il en charge Glarke et, dès lors, il consent même qu'il fournisse des armes et des canons si Murât lui en fait des demandes en règle.
Croyant qu'on lui rend la main, Murât prend ses avantages. Bien si'ir, c'est dans l'intérêt de l'Empereur et par un excès de dévouement qu'il lui dénonce l'état d'anarchie des départements romains, le mécontentement qui y est au comble, le brigandage qui s'accroît, les routes qui ne sont rien moins que sûres (24 décembre)— et, de là, il part pour une proposition qui ne saurait être qu'avantageuse à l'Empereur : « Sire, si le général MioUis n'a pas assez de troupes pour détruire les brigands, pourquoi ne pas lui envoyer celles du général Grenier qui me sont pour le moment entièrement inutiles, puisque je ne puis pas même les employer à la police de mes Etats et que je serai toujours à même de vous les redemander si les circonstances l'exigeaient. » C'est bien là l'exécution du plan dénoncé par Norvins. A toute occasion. Murât insistera pour qu'on le délivre du Corps d'observation : tant que ce corps sera à proximité de Naples, le roi ne pourra se risquer à affirmer son indépendance ; le premier point à gagner c'est de l'éloigner; et, pour y parvenir. Murât aspire à rentrer dans les habitudes de correspondance directe avec l'Empereur, à lui adresser lui-même, avec ses demandes, ses hyperboliques flatteries, ses déclarations d'amour qui parfois