‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 97 sur 213 · CAROLINE. — L'INCIDENT DU 1" JANVIER · texte numérisé non relu

CAROLINE. — L'INCIDENT DU 1" JANVIER

lequel n'avait pas été seulement un acte de munificence impériale, mais aussi un échange d'Etat contre Etat, puisque Murât, en recevant la couronne des Deux-Siciles y avait cédé le grand-duché de Berg et de Glèves ; les autres découlant d'un droit que n'avait formulé ni le décret du 30 mars 1806 par lequel Joseph avait été reconnu comme roi de Naples et de Sicile, ni le statut constitutionnel du 20 juin, ni le traité du 15 juillet 1808, mais qui paraissait sans doute à Napoléon inséparable de cette qualité de suzerain que Murât n'avait jamais reconnue par un acte public. Le mélange y était singulier d'engagements occasionnels et d'obligations permanentes, de mesures localisées et strictes et de formules vagues devant régir la conduite entière du vassal. Toutefois l'on ne saurait penser que de cette dissertation didactique, l'Empereur ait voulu tirer immédiatement des armes contre Murât; que, sur un des points essentiels qu'il y a traités, il ait prétendu établir une doctrine intangible : car, presque au même moment, les faits y donnent un éclatant démenti et il ne le relève point. L'incident qui se produit le 1^'' janvier dans la Salle du Trône, au moment où le Corps diplomatique est appelé, à l'occasion de la nouvelle année, à présenter au roi ses félicitations et ses vœux, la brutale agression du prince Serge Dolgorouki, ministre de Russie, contre le ministre de France*, et le double duel qui en résulte,

' L'épisode trop compliqué pour être rapporté ici a fait l'objet d'un article spécial qui sera publié dans le deuxième volume de mélanges intitulé Jadis.

n'altère point les rapports rétablis entre les deux beaux-frères. L'Empereur ne recherche point si Murât a encouragé les prétentions de l'envoyé de Russie à prendre le pas sur celui de France, afin d'affirmer devant l'Europe l'indépendance de sa couronne ; dès qu'il a reçu de lui les satisfactions qu'il s'est tenu en droit d'exiger, il passe l'afTaire presque sous silence, se bornant à une lettre « fort calme, fort indifférente et d'un langage fort bref ». Il sait fort bien qu'au point de vue des usages diplomatiques, il a tort et que, seule, la prépondérance qu'il exerce à Naples peut justifier une préséance qui n'est établie ni par les constitutions du royaume de Naples, ni par les traités entre les puissances étrangères et la France. C'est une preuve de plus qu'il eut tort d'admettre, pour les royaumes feudataires, une représentation diplomatique : il n'en avait pas besoin : aussi glisse-t-il légèrement. Murât fait de même et, sans plus parler de l'incident, continue à solliciter des faveurs qui, sous prétexte de l'aider à former son contingent, l'avancent peu à peu dans son indépendance. Ainsi, le 8 janvier, écrit-il au ministre de la Guerre pour obtenir qu'on lui renvoie d'Espagne les troupes qu'il y a et qui, réduites à un efïectif de mille et tant d'hommes, c'est-à-dire aux seuls cadres, ne sauraient, dit-il, rendre aucun service à l'Empereur, tandis que, dans son royaume, il pourrait les réorganiser et en tirer parti; ainsi, le 11, s'adresse-t-il à l'Empereur pour obtenir aux Français, autorisés à passer à son service, les lettres patentes prévues par le décret du

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