‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 98 sur 213 · CAROLINE. — NOUVELLES DEMANDES DE MURAT · texte numérisé non relu

CAROLINE. — NOUVELLES DEMANDES DE MURAT

26 août 1811 : delasorteneperdra-t-ilnirétal-major, ni les cadres de son armée. Mais il n'a garde de montrer quels y sont ses intérêts : il prend un ton familier, comme d'un accusé dont l'innocence a été reconnue et qui a droit à des réparations : « Je me flatte, écritil, que cette démarche des Français employés dans mon royaume prouvera à Votre Majesté qu'ils n'y sont pas maltraités et qu'on vous en a imposé quand, il y a quatre mois, on vous rapportait que pas un Français ne resterait dans mon royaume. Sire, tous les Français employés sont traités ici à l'égal des Napolitains; je pourrais ajouter avec une certaine prédilection qui excite la jalousie de mes sujets. )> Sous le moindre prétexte, il écrit pour se faire valoir : lettre sur les levées de deux mille matelots qu'il a faites, sur les constructions navales qu'il mène avec une activité extraordinaire, sur la situation en Sicile ; enfin, pour obtenir une marque publique de bienveillance qui efface la défaveur témoignée par le renvoi de Gampo- Chiaro, il nomme, sans autorisation préalable, un ambassadeur à Paris et y expédie le duc de Carignano. Tout cet air d'empressement qu'il se donne a un objet : il prétend être employé dans la prochaine guerre, afin d'obtenir par là une couronne qu'il estime moins fragile. L'Empereur ne doit certes point résister à une telle demande. Il a appris, par l'expérience de 1809, combien est rare un magister eqidtum tel que Murât. Dans la guerre qu'il va entreprendre, où les masses de cavalerie sont destinées à jouer un rôle majeur, il a besoin de cet entraîneur d'hommes,

le seul (le ses généraux qui déchaîne la tempête des charges héroïques et qui, par une sorte d'instinct, saisisse le moment, discerne l'objectif, règle l'effort, multiplie l'assaut et, cravache en main, calme et rieur, emballe après lui les escadrons farouches dans une ruée sanglante d'apothéose !

C'est pourquoi, bien plutôt que comme frère, il a pardonné comme chef d'armée, mais il n'entend pas se rendre au premier coup, il veut faire attendre un commandement comme une faveur ; il n'ira point chercher Murât, il prétend que Murât sollicite et implore, qu'il vienne sans conditions, non parce que l'Empereur a besoin de Murât, mais parce que Murât a besoin de se réhabiliter aux yeux des Français — car, des aspirations de Murât à la Pologne, il ne voit rien, ou, s'il en voit quelque chose, il n'a garde d'en parler : c'est un appât, cette couronne, après lequel bien d'autres courent. Murât se décide : « Au dernier bal, écrit Durant le 20 février, le roi m'a laissé entrevoir combien, si la guerre s'allumait dans le Nord, il désirerait la faire activement et reprendre son rang parmi les braves de l'armée française. Il me confia que la reine lui avait conseillé de demander à l'Empereur la permission de la rejoindre et qu'il n'avait été retenu de le faire que par une seule considération, mais qui lui paraissait décisive, ne concevant pas qu'il pût demander à l'Empereur un commandement dans la Grande Armée après qu'il s'était vu ôter celui des troupes françaises dans son royaume. Au moindre mot de S. M. I., tous ces souvenirs étant effacés, il partira

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avec joie, avec transport. » Il y a donc encore des conditions à cette offre de services et, comme toujours, c'est le Corps d'observation qui est en jeu, L'Empereur ne répond pas, il veut que la soumission soit complète et sans restriction. Sur ce silence gardé à son égard, Murât s'exaspère en désirs. Avant la fin de février, il s'adresse lui-même à l'Empereur^ ; point de réponse; le 14 et le 17 mars, il insiste près de Durant ; enfin le 22 il écrit : « J'ai déjà écrit à Votre Majesté pour lui demander l'honneur de l'accompagner dans la campagne qui va s'ouvrir. Votre Majesté n'a pas encore daigné me faire connaître ses volontés et la reine me mande que Votre Majesté doute de la sincérité de ma demande et du désir que j'ai de l'accompagner. Sire, il est tel que, sans la crainte de vous déplaire, je me serais mis de suite en route, mais, Sire, oui, telle est ma destinée qu'on est parvenu à me rendre suspect et que vous ne me croyez plus le même cœur, le même zèle pour votre service. Autrefois, il n'y a pas même encore longtemps, vous m'auriez cru sur ma parole ; vous avez dit si souvent : Je n'ai d'amis vrais que Murai et Berlhier. Vous m'avez oublié quand aujourd'hui je ne pense qu'à vous ; oui, le souvenir de vos bontés passées fait mon seul tourment. Rappelez-vous du passé, Sire, il vous répond de l'avenir. Appelez-moi et vous jugerez ensuite mes sentiments, oui, appelez-moi, et vous vous persuaderez que ma demande est sincère. Rappelez votre Murât ; pouvez-vous aller affronter de nouveaux dangers * Cette lettre n'a pas été retrouvée.

sans lui? Je meurs si vous ne m'appelez. Jamais je n'eus tant de besoin de vous voir. Vous vous convaincrez de la sincérité de mon idolâtre attachement. Rappelez-vous ma conduite passée et mes malheurs sont finis ».

Cette lettre, telle qu'un amant rebuté l'écrirait à une maîtresse adorée, pourrait attendrir, elle devrait paraître vraie; jamais homme, à coup sûr, n'a autant protesté de sa sincérité : malheureusement, on n'a guère de doutes à garder sur les motifs que Murât eut de l'écrire au moins dans ces termes de passion.

Le 29 février, l'Empereur s'est résolu à appliquer à Maghella, sujet français, le décret du 26 août et à le rappeler en France. Une veut pas laisser derrière lui, en Italie, un tel ennemi et il en débarrasse Caroline, régente de droit au cas où Murât recevrait un commandementàlaGrande Armée. S'il hésitait encore, il aurait été déterminé par un rapport que Norvins a envoyé de Rome le 22 janvier, dénonçant Maghella comme correspondant avec le roi Ferdinand, faisant le commerce avec les Anglais qui, grâce à lui s'approvisionnaient de tout à Naples, étant d'intelligence avec les brigands qui, sous sa protection, infestaient le territoire occupé par les armées françaises. Mais l'idée était déjà arrêtée dans son esprit puisqu'il avait eu soin de faire constater, le 11 décembre, que, quoique préfet de police à Naples, Maghella avait touché, jusqu'au mois d'octobre 1811, son traitement de député au Corps Législatif français ; nul doute ne pouvait donc s'élever sur sa nationalité française. Le

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