CAROLINE. — RAPPEL EN FRANCE DE MAGHELLA
2 mars, par lettre chargée à la poste, le Grand juge transmet à Maghella Tordre de rentrer en France dans le délai d'un mois. En même temps, Durant « déclarera que cet individu doit, dans les quarante-huit heures, quitter Naples, sous peine d'être arrêté ». « Vous ne dissimulerez pas au baron Durant, écrit l'Empereur' à Bassano, que le sieur Maghella est prévenu d'intelligences contre la sûreté de l'Empire et qu'il est d'intelligence avec les Anglais pour faire un mouvement de soi-disant patriotes en Italie. » C'est le 21 mars seulement que Maghella est touché par la lettre du Grand juge, ou du moins qu'il en accuse réception : c'est le 22 que Murât écrit sa déclaration d'amour.
Le rappel de Maghella ne provoque pas seulement chez Murât ce morceau de littérature, mais aussi un accès de fièvre. A chaque émotion qu'il éprouve il tombe ainsi malade. Gomme il s'enferme, les commentaires vont leur train. « L'indisposition et la mauvaise humeur du roi continuent toujours, écrit Mier à Metternichle 27 mars ; depuis trois jours, il n'a vu personne. » Et il ajoute : « Le Gouvernement français fait tout pour dégoûter le roi de la place qu'il occupe momentanément et il paraît que la présence de la reine à Paris n'a fait que différer le moment de son rappel. L'absence et l'éloignement n'ont fait qu'augmenter la mauvaise intelligence qui régnait depuis quelque temps entre le roi et la reine. On souffle la discorde pour embrouiller les choses davantage et trouver un prétexte pour réunir ce pays au
Grand Empire. » Mier, qui reflète ropinion de quelques Napolitains de la Cour, est bien en droit de s'y tromper, puisque, à Rome, Norvins s'y trompe luimême et que Murât aff'olé voit dans le rappel de son ministre de la Police, dans le silence que l'Empereur lui oppose, dans le refus de lui rendre le commandement des troupes françaises, une menace de réunion. Si l'Empereur, avant de partir pour la Russie, allait la prononcer ! Si tous ces individus suspects dont on surprend les allers et venues de Sicile à Rome et à Paris, portaient des paroles de conciliation entre la grand'mère et le petit gendre ? Si, exaspérée contre les Anglais, Marie-Caroline préludait à sa paix avec Napoléon par de nouvelles Vêpres siciliennes ? Qu'est ce qu'un Stampani, unFolacci brusquement entrevus, se hâtant de Palerme vers Saint-Cloud? Ces hypothèses chauffent la tête enfiévrée de Murât; il arrive au dernier degré de l'énervement ; il ne veut voir personne et il pleure. Puis il s'irrite, il écrit au duc de Feltre des lettres de violence : Pourquoi le général Grenier a-t-il fait distribuer 90 000 cartouches à son corps d'armée ? De quel droit paralyse-t-il le commerce, la justice, l'administration dans ses cantonnements? Qui Ta autorisé à arrêter les voyageurs et à exiger leurs passeports ? « Est-ce que le royaume de Naples est considéré comme un pays ennemi? » Le 5 avril, il ne peut plus y tenir ; il écrit à l'Empereur : « Croyez que vous n'aurez jamais à vous repentir de la dernière faveur que ma vie passée me donne le droit d'implorer, n'écoutez que votre cœur,