‹ Napoleon et sa familleChapitre 10 sur 168 · PAULETTE. — LES CALOMNIES · texte numérisé non relu

PAULETTE. — LES CALOMNIES

Paris le 3 brumaire (25 octobre), il reçut et accepta le même jour sa nomination de commandant en chef et de capitaine général de Saint-Doming-ue. Il avait ordre de partir le plus tôt possible et, pour un tel voyage, il fut leste en ses préparatifs, car le 28 brumaire (19 novembre) il était rendu à Brest. Pourtant, malgré les ordres réitérés du Premier Consul, ce ne fut qu'un mois après, le 23 frimaire (14 décembre), que la flotte aux ordres de Villaret-Joyeuse put mettre à la voile. Ce retard eut de terribles conséquences : il ne saurait être imputé à Leclerc ; doitil, comme on l'a soutenu, être mis au compte de Paulette, laquelle accompagnait son mari à Saint-Domingue?

On a dit, répété, et l'anecdote passe à présent pour certaine, que Paulette aurait opposé une résistance désespérée aux ordres formels du Premier Consul lui enjoignant de partir avec Leclerc; et cela parce qu'elle aurait alors été follement éprise de Lafon, de la Comédie-Française; elle n'aurait point voulu le quitter, et, prolongeant à l'absurde son séjour à Paris, elle aurait compromis ainsi le succès de l'expédition.

Or, voici les faits : Paulette a quitté Bordeaux à la fin de prairial (20 juin), lorsque Leclerc est entré en Espagne ; elle a passé la plus grande partie de l'été à Mortefontaine chez son frère Joseph et elle a fait aussi divers séjours à sa terre de Montgobert : il est possible que, dans ses voyages à Paris, elle soit venue aux Français, qu'elle ait pris plaisir à entendre

Lafon ou tout autre, mais quoi! est-ce un crime de se donner la comédie ? Quelqu'un pourtant a remarqué l'assiduité de Paulette, a certifié ses empressements ; — quelqu'un de la Comédie sûrement? Certes, et c'est un témoin qui vaut créance, un témoin qui a été au courant de toute l'intrigue et qui, à Tannonce du départ de Paulette, s'est écrié : « Pauvre Lafon, il en mourra. » On nomme ce témoin : c'est JVI"® Duchesnois ; dès lors comment douter? Cela passe des pamphlets dans les mémoires apocryphes et de ceux-ci dans l'histoire : or, ce témoin bien informé, ce témoin véridique, ce témoin qui d'ailleurs n'a jamais témoigné, M"'' Duchesnois, n'appartenait alors ni à la troupe, ni à aucune autre : M"'' Duchesnois a débuté aux Français le lo thermidor an XI (3 août 1803) vingt et un mois après le départ de Paulette pour Saint-Domingue, sept mois après son retour en France.

Ce n'est donc point pour Lafon que Paulette a retardé le départ de l'expédition ; mais nul doute pourtant que le retard ne soit de son fait. « Elle prit son temps, dit l'un des témoins prétendus, vint à Brest en litière portée à bras d'hommes. » — « Depuis quinze jours, dit un autre, l'escadre était prête à mettre à la voile ; l'ordre de départ avait été donné ; les vents étaient favorables et pourtant on restait dans le port. Une femme arrêtait tout le mouvement. » L'on insiste et l'on précise : c'est le lendemain de l'arrivée de Paulette que la flotte est partie.

Or, M"'" Leclerc a quitté Paris avec son fils le

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