‹ Napoleon et sa familleChapitre 11 sur 168 · PAULETTE. — LE DEPART · texte numérisé non relu

PAULETTE. — LE DEPART

22 brumaire (13 novembre) devançant son mari de quarante- huit heures, afin de pouvoir coucher en route. Le 26 (17 novembre), Leclerc, qui a couru jour et nuit, Ta rejointe un peu avant Rennes où ils se sont arrêtés ensemble chez Bernadotte. Le 28 (19 novembre), Leclerc qui a repris l'avance, est arrivé à Brest où les honneurs lui ont été rendus, en sa qualité de général en chef par l'armée et la marine, et le 29 (20 novembre), Paulette est arrivée à son tour. Elle a donc employé dix-neuf jours au plus à se préparer pour un tel voyage, et la flotte a mis à la voile dix-neuf jours après que M""^ Leclerc était rendue à Brest.

Cela parce que, à son arrivée, l'armement des vaisseaux était loin d'être terminé ; qu'à partir du l'^'" frimaire (22 novembre), le vent souffla en tempête d'ouest-nord-ouest presque sans interruption, amenant des désastres innombrables sur les côtes de France, de Hollande et d'Espagne; que l'amiral enfin, jaloux de son indépendance et de son autorité, retarda d'autant plus que le général en chef le pressait davantage. Il ne se trouva prêt que le 20 frimaire (11 décembre) et, à ce moment, pour signaler sa galanterie à l'égard de la sœur du Consul, qui devait prendre passage à bord de rOcéan, son vaisseau amiral, il usa encore deux jours à lui offrir une fête, ftfieux eût valu songer moins à des bals et embarquer un pilote pratique des côtes de Saint-Domingue, mais, à cela, Yillaret ne pensa point. Il avait perdu vingt-trois jours à Brest ; il en perdit douze dans les

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parages de Belle-Isle, puis des Canaries, à attendre l'escadre de Rocliefort ; et lorsque, après quarantecinq jours de navigation, il arriva en vue du Cap Français, Toussaint, prévenu, avait fait enlever les balises et s'était mis en défense. Faute d'un pilote, Villaret se refusa à forcer l'entrée du port; le Cap fut brûlé et les blancs furent massacrés.

Quelle est ici la responsabilité de Paulette? Elle avait pris galamment son parti d'un voyage dont, sans doute, elle ne prévoyait point tous les dangers, où même, sur la foi de ceux qui l'entouraient, elle imaginait des agrcements, mais qui n'en présentait pas moins toutes sortes de risques. Elle s'était trouvée heureuse d'emporter comme viatique ce mot de son frère au bas des dernières instructions adressées à son mari : « N'oubliez pas de me donner des nouvelles de M™® Leclerc ; j'aime à penser qu'elle partagera aussi un peu la gloire de votre expédition, surtout si elle se met au-dessus des fatigues de la navigation et du climat. » Elle se reposait là-dessus, se tenant, elle aussi, pour un soldat, décidée à n'avoir pas peur, à ne point se passer de fantaisies — et c'était comme une coquetterie nouvelle, cet air de bravoure qu'elle donnait à son charmant visage, le contraste eu était piquant et l'attrait irrésistible.

Murât n'avait point été obligé d'aller si loin pour faire fortune. Après Marengo, où « il s'était conduit avec tant de bravoure et d'intelligence '», que pour « lui donner une preuve toute particulière de la

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satisfaction au Peuple français, « les Consuls de la République lui avaient décerné un sabre d'honneur (4 messidor an YIII, 23 juin 1800), il était revenu à Paris oij il comptait tirer bon paili de Tamilié que témoignait Joséphine à « son cher petit frère » et de l'intimité oii était établie dans le palais consulaire « cette petite femme charmante qui se conduisait à merveille ». Caroline, en effet, logée à l'hôtel de Brionne, dans la cour même des Tuileries, ne quittait point alors Joséphine et Hortense. Elle était de toutes leurs parties de spectacle, de tous leurs voyages à Malmaison et s'accommodait au mieux de cette sorte de chaperonnât que Joséphine, comme beaucoup de femmes de son caractère et de son âge, aimait à exercer sur les jeunes femmes. A l'arrivée de Murât, Caroline n'interrompit point ses assiduités, mais elle introduisit son mari en quatrième. D'ailleurs, fort petit garçon avec sa femme, ce soldat, et, au bal, avec son air martial, ses cheveux noirs, son physique de casseur, « tenant respectueusement les gants et l'éventail de cette petite personne mince et blanche qui dansait devant lui ».

Au dehors, il se rajirapait. Sa propre grandeur l'aiïolait. Son alliance avec le Premier Consul lui troublait le cerveau. Il se tenait monté par là audessus de toute loi et de toute règle. Au retour d'une reconnaissance qu'il avait faite aux environs de Paris, en habits bourgeois, un préposé aux barrières eut l'insolence de lui demander le paiement d'usage : il léreinta à coups de cravache. « Il prétendait que son

nom devait suffire et que quiconque ne s'en contentait pas n'était qu'un insolent. »

En attendant un commandement d'armée, sur lequel il comptait, il avait accepté une division de g-renadiers et d'éclaireurs, campée entre Beauvais et Amiens (14 thermidor an VIII, 2 août 1800), mais il n'avait pas pour cela quitté Paris. Il s'y tenait à l'affût, cherchant partout des appuis, assurant chacun qu'il l'aimait par-dessus tous, multipliant les démarches, opposant les influences, utilisant les incidents, manœuvrant en tacticien pour attraper du Consul cette armée qu'il lui fallait et, au besoin, pour lui forcer la main, a Lucien est parti, écrit-il le 22 brumaire an IX (13 novembre 1800) à Joseph, alors à Lunéville, Mille bruits plus absurdes les uns que les autres ont couru sur les motifs de son départ. Louis est aussi absent et on veut m éloicjner de même. Le Premier Consul m'a proposé — le croiras-tu? — le commandement de l'Armée de l'Ouest, et cela parce qu'il voulait donner celle de Réserve , qui m'était destinée, à Bernadotte! J'ai refusé net, et le jour où Bernadotte l'emportera sur moi, je donne ma démission ; tu connais là-dessus ma façon de penser. Je ne verrai jamais passer tranquillement le pouvoir dans les mains d'un homme qui, au 18 brumaire, était aA'ec ceux qui ont voté la mise hors la loi de ta famille. »

N'est-ce point tout Murât, et, avec cette feinte ouverture, cette franchise à la gasconne, ne trouve-t-il pas, pour donner à Joseph, protecteur de Bernadotte, un

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