‹ Napoleon et sa familleChapitre 107 sur 168 · LA SUCCESSION · texte numérisé non relu

LA SUCCESSION

il faudrait qu'il renouvelât une fiction en usage sous l'ancien régime où des financiers parvenus, pour être nobles, achetaient une charge de secrétaire du roi à leur père ou leur grand-père et se trouvaient ainsi à la troisième génération d'anoblis ; il faudrait que, selon une tradition byzantine, il créât pour son père mort un titre à part ; qu'il fît de lui une sorte d'empereur posthume , pour simuler qu'il a régné et que c'est de lui que lui-même et ses frères ont reçu leurs droits. Une telle comédie, sa raison, son bon sens et son orgueil, sans parler de son intérêt, se refusent à l'admettre. Outre qu'elle lui semble indigne de lui, il a trop la notion de ce qu'il vaut, de ce qu'il est, pour consentir, même par une fiction, à devoir à un autre qu'à lui-même le trône où il va monter. Lorsque, à Montpellier, l'on a voulu élever un monument à Charles Bonaparte et lui rendre de particuliers honneurs — ce qui eût acheminé à un tel système — il a refusé hautement, et c'est à son insu, contre sa volonté, que Louis a fait exhumer le corps de leur père et qu'il va le porter à Saint-Leu. Donc, point d'agnats, point « de collatéraux descendants par mâles de la souche masculine » originairement pourvue, puisque c'est lui le fondateur de la dynastie et qu'il n'a point d'enfants. Mais ici apparaît une difficulté insurmontable : pour représenter un monarque héréditaire, Napoléon, selon les usages répandus en Europe, doit être entouré d'une famille souveraine et cette famille n;^ peut être composée au ha ard, recrutée par son choix unique. Il faut à cette

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