JOSEPH. — OFFRES DIVERSES
encore, car il semble qu'il fasse le droit ; mais, en fait, les choses ne vont pas mieux.
Dès pluviôse an XI (janvier 1803), Napoléon, pour préparer les voies à la renonciation de Joseph, a repris vis-à-vis de lui la campagne oii il avait échoué une première fois avec Taffaire de la Cisalpine. A la suite de « l'acte de médiation entre les partis qui divisaient la Suisse », il lui a offert, en quelque sorte comme un premier degré, la charge de colonel général des Suisses au service de France. Joseph ne s'est point laissé tenter. « Je déclinai cet honneur, a-t-il écrit, en lui proposant un choix plus convenable, celui du général Lannes, ce qui eut lieu. »
Repoussé sur la Suisse, Napoléon ne s'est point découragé. Après avoir donné au sénateur Joseph la sénatorerie de Bruxelles, avec ses 24.727 francs de revenu et le palais oii la Belgique entière s'imagine que le frèrer du Consul va tenir sa cour, il lui offre la place de chancelier du Sénat : « J'estime, lui écrit-il en fructidor (septembre 1803), qu'il est utile à l'Etat et à moi que vous acceptiez la place de chancelier si le Sénat vous y présente. Je jugerai le cas que je dois faire de votre attachement et de vous par la conduite que vous tiendrez. »
En même temps il attribuera à Lucien la charge de trésorier.
Ce sont de belles sinécures : le chancelier, outre des appointements considérables, a son palais au Petit-Luxembourg; il a l'administration générale de
la dotation du Sénat et des Sénatoreries, la surveillance de la bibliothèque, de la galerie des tableaux et du cabinet des médailles ; il reçoit les honneurs d'un des premiers de l'État et nulle place n'est plus susceptible de développements. Mais, l'accepter, n'est-ce pas recevoir d'avance une sorte de compensation, se retirer de la ligne d'hérédité, se contenter à peu de frais? Joseph ne s'y laisse pas prendre : de Beauvais, où il préside le collège électoral de l'Oise, le 23 fructidor (12 septembre), il répond avec des habiletés infinies. Il y a plus de six mois, dit-il, qu'il a fait part à ses collègues de sa volonté décidée de ne pas être présenté. <c Depuis, ajoute-t-il, j'ai supplié le Premier Consul de ne pas penser à moi. J'ai exposé à un frère dont l'affection pour moi ne s'est jamais démentie, que cette place de chancelier ne me convenait pas ; qu'elle détruirait tout mon bonheur par les devoirs qu'elle m'imposerait ; devoirs qui sont en opposition avec ma manière d'être et mon caractère ; qu'il m'était difficile de changer à mon âge sans des efforts de tous les instants; que l'utilité dont je pourrais être ne méritait pas le sacrifice que l'on m'imposerait... J'apprends dans ce moment qu'il est encore question de moi ; je supplie le Premier Consul, j'exige de l'amitié d'un frère tendrement aimé pour luimême, de ne pas insister pour me donner une charge qui est pour moi une chaîne, que ma raison me dit de ne pas m'imposer à porter. Il importe peu au gouvernement que cette place soit occupée par moi ou par un autre ; il y va pour un homme qui n'a nulle