‹ Napoleon et sa familleChapitre 115 sur 168 · LOUIS. — SÉJOUR A MONTPELLIER · texte numérisé non relu

LOUIS. — SÉJOUR A MONTPELLIER

dit-il, j'accepte le grade qu'on me donne. » Et alors ce sont, sur le choix de ses aides de camp, des dissertations sans fin, l'examen successif de tous les officiers et même de divers sous-officiers du régiment, des promesses faites, puis brusquement retirées, des soupçons, des inquiétudes, des cachotteries à ne pas croire.

Il n'a, d'ailleurs, accepté le grade de général qu'à condition de conserver le commandement de son régiment, en sorte que Privé, son successeur nommé, a dû repasser au 2° dragons; mais le rétablissement en sa faveur d'une des anomalies les plus décriées sous l'ancien régime lui paraît la chose au monde la plus simple : il entend rester colonel propriétaire^ et il le reste.

De sa vie à Montpellier on ne sait rien, hormis ses relations habituelles avec le général Fregeville ; avec la famille Durand-Saint-Maurice, chez laquelle il est logé, avec l'abbé Goustou qui, vingt ans auparavant, a assisté Charles Bonaparte à son lit de mort. C'est sur les indications de l'abbé que Louis retrouve les restes de son père dans les caveaux de l'église des Cordeliers, désaffectée depuis la Révolution et devenue, au Concordat, un temple protestant. Il les fait exhumer : le squelette disloqué est mis dans du coton, enfermé dans une caisse doublée de plomb, expédié par la diligence, comme 'pendule, à destination de Paris. Plus tard, lorsqu'il possède une nouvelle campagne, Louis reprend le coffre, fait construire un monument dans son parc et l'y enferme.

Ce sont là, avec les vers, ses divertissements, car il n'eût point été lui-même s'il n'eiit continué à rimer, et il date de Montpellier une certaine chanson languedocienne qui n'a du Languedoc que le titre et ne montre même point en lui un félibre ; mais le sérieux, le grave, c'est une suite de cures aux eaux de Balaruc « singulièrement renommées pour leurs vertus curatives dans les paralysies partielles et les rhumatismes rebelles ». lien use tant qu'il en abuse.

11 revient à Paris à la fin de fructidor (septembre) ; mais là il apprend que durant son long séjour à Montpellier et surtout pendant le voyage du Premier Consul en Belgique, sa femme s'est quelque peu émancipée. Condamnée, l'hiver, à ne recevoir dans sa jolie maison que quelques amies de pension et quelques rares amateurs de musique, à ne prendre d'autres divertissements que les soins à donner à son fils, les séances de la Société maternelle et les œuvres de bienfaisance, n'ayant point même la liberté d'aller à Saint-Cloud, car son mari « ordonne qu'elle s'attribue la volonté de n'y pas paraître souvent, de n'y demeurer jamais la nuit quelques instances que lui fasse sa mère », elle n'est soutenue que par un fond d'enfantillage subsistant, un reste de l'esprit pensionnaire qui lui permet de se distraire aux racontars de la pension, de s'égayer de niaiseries avec les camarades de la pension, de suivre mariée les arts d'agrément qu'elle cultivait à la pension, prenant toujours des leçons et restant bonne élève.

Plus elle est telle, plus elle cède à s'amuser et à

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