‹ Napoleon et sa familleChapitre 116 sur 168 · LOUIS. - JALOUSIE ACCRUE · texte numérisé non relu

LOUIS. - JALOUSIE ACCRUE

voir du neuf. Profitant de rab?ence des maris et du Consul, la jeune société de Malmaison s'est plue à jouir de sa liberté : dîners, parties de spectacles et de campng^ne, même « plusieurs courses assez étourdies dans les bals et les lieux publics où d'aussi jeunes femmes si haut placées auraient pu cire reconnues et compromises » ; rien que de fort innocent, mais il suffisait qu'on eût parlé et il ne man(]na point de bonnes langues pour faire des rap|turls. Louis, si ombi'ageux, en eut sa jalousie accrue dans des proportions inquiétantes : ce fut désormais dans une étroite captivité que sa femme passa sa vie ; la nuit môme, elle fut gardée ; les domesliquos qui la servaient et auxquels elle était habiiuée, lurent chassés et remplacés par des espèces de geùliers l'espionnant à toute heure ; une sorte de supplice commença pour elle, auquel elle se contenta d'opposer une douceur résignée et une silencieuse tristesse.

D'ailleurs, à peine arrivé, Louis avait recommencé un nouveau traitement. Quoique, à son propre aveu, « il se portât mieux », il avait « essayé de se faire appliquer le moxa » (5^ complémentaire an XI, 22 septembre 1803) et, s'en étant bien liouvé « il s'en faisait api»liquer d'autres ». Il ne put donc présenter son régiment à la revue du Premier Consul, lorsque le S*" dragons, partant de Joigny, vint prendre la garnison de Compiègne ; mais on ne lui en donna pas moins une brigade composée des 6% 9% 12'' et 2 P dragons, — commandement de divisionnaire, auquel il ajouta encore son propre régiment. Sans doute, « il

méritait aussi cette place puisqu'il ne la redoutait, point» et, le 9 frimaire (l""" décembre), il consentit à venir à Gompiègne se faire reconnaître.

Hortense l'accompagna, heureuse, semble-t-il, de pouvoir se montrer aimable à son gré et de faire aux officiers de la brigade les honneurs de sa maison. Comme elle ne sortait pas de Compiègne, et que sa demeure y était fort médiocre, il résulta de celle intimité forcée et de diverses circonstances étranges un rapprochement fortuit dans le ménage et, au mois de pluviôse (février 1804), elle devintpour la seconde fois enceinte.

C'était un bonheur pour elle : car, entre ces époux désunis le seul lien véritable avait été leur fils aîné, Napoléon-Charles. C'est avec orgueil que, dans ses lettres, Louis, matériellement, écrit : Mon Fils. Il grossit les signes, semble, en les traçant, comme exalté de sa paternité. A la façon dont il est capable d'aimer, avec cet esprit de tatillonnage, de médiocre domination, d'inquisition perpétuelle ; avec ces règles de vie affichées et rendues exécutoires, celte façon d'ennuyer les gens à proportion qu'il les affectionne, il prouve la tendresse qu'il porte au petit Napoléon en lui consacrant presque tout le temps que ne lui prend point le soin de sa santé : heureusement, ce temps est court, à peine trois mois en cette première année ; autrement, l'enfant en serait déjà mort.

Bidn plus intelligent, actif et zélé, l'amour d'IIortense. Elle se consacre à son fils ; elle le suit partout ; elle s'inquiète à tout instant de sa santé, se familiarise

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