‹ Napoleon et sa familleChapitre 118 sur 168 · SITUATION DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

SITUATION DE LA FAMILLE

ments, sinon les actes, de rébellion : Joseph, le mieux équilibré, réclamant comme un droit absolu la plus inouïe des faveurs ; Lucien , artisan perpétuel de trouble et de désordre, prêt à nouer toutes les conspirations contre son frère dans l'espoir de prendre sa place ; Louis, ayant, surtout depuis deux ans, donné des preuves certaines de désordre mental, convaincu, sous des dehors de modestie, de son importance unique et très semblable dans le fond — sauf l'exubérance — à Lucien...

A la seconde génération, un enfant indemne, ressemblant physiquement à Napoléon d'une façon singulière, plein de vivacité, d'entrain, d'une gaîté rieuse et riante, sain de corps et, il semble, sain d'esprit; un enfant que Napoléon élèverait selon ses idées, qu'il dresserait suivant ses goûts, auquel il inculquerait les formules de sa politique et les secrets de son gouvernement, qui, grandi pour le trône, y porterait les espérances de la nation ; qui, séparé par trentedeux années de son père adoptif, ne lui serait jamais un rival et pourrait lui devenir un appui; dont la reconnaissance comme héritier et la solennelle adoption, non seulement mettraient fm à toutes les compétitions, mais concilieraient les intérêts rivaux des Bonaparte et des Beauharnais et assureraient le repos de Joséphine.

Comment celle-ci n'envisagerait-elle pas comme le salut définitif, comme la garantie la plus formelle contre le divorce, l'adoption de son petit-fils par le Premier Consul? Sans doute elle s'était lourdement

trompée le jour où, croyant trouver un appui en Louis elle s'était si vivement employée à le marier. A présent, il ne pouvait lui échapper que l'hostilité de Louis, hautement déclarée, rendrait l'avenir plein de périls pour elle si Louis était désigné héritier. Elle ne pouvait garder d'illusions sur ses sentiments et elle savait que, d'indifférent ou tout au plus d'ennemi secret, il s'était fait le plus cruel de ses détracteurs. Si elle se contentait de taxer son caractère de bizarre et d'étrange, si sa psychologie n'allait point jusqu'à déterminer à quelle maladie se rattachait cet ensemble de délires dont son gendre était atteint, du moins elle n'avait point d'illusion sur sa santé physique et sur son incapacité à être un souverain : mais toute considération cédait devant son propre intérêt et celuici était trop évident pour qu'elle eût même à y réfléchir.

La démarche faite par le Sénat rendait la solution d'autant plus urgente que Napoléon ne voulait, ni ne pouvait laissera ses frères — qui tous sauf Jérôme, se trouvaient à Paris — le temps de se concerter avec leurs amis et de le mettre en échec, comme ils avaient fait dans l'affaire de la chancellerie. II était en cela d'autant mieux inspiré que, le 11 germinal (V avril), Lecouteulx de Canteleu était venu communiquer à Joseph le texte même, rédigé par lui, de l'entretien confidentiel qu'il avait eu avec le Premier Consul. Ce texte avait été immédiatement soumis par Joseph à un consei! secret composé de ses plus affidcs : Miot,

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