‹ Napoleon et sa familleChapitre 122 sur 168 · DEMARCHE DE NAPOLÉON PRÈS DE LOUIS · texte numérisé non relu

DEMARCHE DE NAPOLÉON PRÈS DE LOUIS

mettre. Le Premier Consul avait l'air froid et embarrassé ; mais sa femme, ayant pris Louis à part, lui fit entendre par une série de demi-mots qu'on était venu pour lui communiquer un grand projet et qu'il s'agissait d'être homme dans de telles circonstances î après cet exorde préparatoire, elle lui annonça d'abord qu'on avait rédigé une loi sur l'hérédité ; elle ajouta ensuite que, lorsqu'une loi était faite, il fallait bien s'y conformer et que lui, plus que tout autre, y trouverait de g'rands avantages ; que, suivant les dispositions de cette loi, le droit de succession ne serait conféré qu'aux membres de la famille dont l'âge serait au moins de seize ans au-dessous de celui du Premier Consul ; enfin, qu'on avait calculé que son fils (le fils de Louis) était le seul qui remplît cette condition ; que c'était donc à cet enfant que la succession serait dévolue puisqu'elle-môme (M"® Bonaparte) ne pouvait plus donner des héritiers à son mari ; que, d'ailleurs, cette combinaison offrait au père une assez belle perspective pour le consoler de n'être pas appelé à l'hérédité ».

Bien qu'ayant repoussé assez vivement les insinuations de sa belle-mère, Louis, au premier aspect, ne sembla point irréductible et Napoléon put se flatter que son frère sur lequel il s'imaginait avoir conservé son ancien ascendant, finirait par se rendre. D'ailleurs a le consentement de Louis était-il nécessaire? » Joséphine avait-elle commis la faute de le lui dire ou de le lui laisser entendre ? En tout cas, lorsque le 18 (8 avril), au matin, Louis se rendit chez Joseph

pour lui faire part de la démarche qui avait été tentée faite auprès de lui, ce fut de ce thème que Joseph s'empara. « Il rappela à son frère les bruits qui avaient couru sur la naissance de son fils ; il lui représenta qu'il ne devait point sacrifier les intérêts des siens à celui d'un enfant qui d'ailleurs appartenait à moitié aux Beauharnais » ; il lui montra son fils enlevé à son autorité, entièrement dirigé par sa mère, élevé au palais, loin de ses yeux : « s'échauffant par degrés, Louis, dans l'épanchement de sa douleur, s'emporta violemment contre sa belle-mère, disant d'elle tout ce que la haine la plus prononcée aurait à peine osé en penser ».

Joseph, qui l'avait amené sans grand'peine au point cil il le souhaitait, n'éprouvait pas moins de dépit; mais ce n'était point pour les mêmes causes : se hâtant de rapporter à ses confidents ordinaires l'entretien qu'il venait d'avoir avec son frère, « il ne leur dissimula point toute l'indignation que lui faisait éprouver le projet du Premier Consul. Il y voyait le renversement de tout son avenir: plus de succession, plus de pouvoir pour lui, ni pour ses enfants ; par la plus perfide des combinaisons, il était trompé dans toutes ses espérances, écarté pour toujours des affaires et, de plus, privé des droits qu'il aurait eus par luimôme, et par la seule affection qu'on lui portait au Sénat, de succéder à son frère, si le choix du successeur avait été laissé au cours naturel des événements. A mesure qu'il parlait, son ressentiment s'enflammait et bientôt ses passions, excitées au plus haut

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