‹ Napoleon et sa familleChapitre 13 sur 168 · MURAT A ROME · texte numérisé non relu

MURAT A ROME

Après lui avoir vainement représenté notre misère, on a cédé... On lui a fait présent aussi d'un beau camée de deux cents sequins à mettre sur la poitrine qui a paru lui faire grand plaisir et qu'il a tout de suite envoyé à sa femme qui vient d'accoucher. »

Cela réglé, Murât éprouve le besoin de \oir le Pape qui, dit-il, lui en a fait de vives instances. Le 22 février (3 ventôse) il arrive à Rome avec six de ses officiers et « est logé et noblement hébergé au palais Sciarra, aux dépens de la Chambre apostolique ». Tout de suite, il a audience du Pape. « Ma visite, écrit-il au Premier Consul, lui a donné de la considération et de l'aplomb : il en avait besoin. Elle a éclairé tous les partis sur l'objet de mon expédition que beaucoup regardaient comme dirigée contre tout le midi de l'Italie. 11 m'a montré beaucoup d'estime pour vous ; je dirai de l'admiration et de l'attachement. Il est convenu que vous aviez besoin de lui pour consolider votre gouvernement et la paix et que, de bonne foi, il ferait tout ce que vous voudriez. C'est un bon homme, et, s'il nous faut un p'ape, je vous assure que c'est celui qui convient aux circonstances... Il m'a accablé d'amitiés, de cadeaux. Il m'a donné son portrait que je vous envoie. Veuillez l'accepter avec une autre boîte en rouge antique qu'il m'a donnée et un camée antique que vous pourrez mettre à une plaque de sabre. »

Murât ne passa que quatre jours à Rome ; il vit toute la ville illuminée, par ordre du Saint-Père,, à

roccasion de la paix de Lunéville et repartit le 26 février (7 ventôse) pour Foligno et Florence.

A Florence, les cadeaux du Pape le suivirent, entre autres un tableau de Raphaël, d'un grand prix ; mais, si c'était assez pour Rome, restait Naples. Murât avait fort envie d'y aller afin que S. M. Sicilienne lui accordât — pour l'honneur et en dehors d'autres suITrages plus sensibles — « l'ordre de mérite de Saint-Ferdinand » ; il l'avait fait insinuer par son aide de camp, Beaumont : et c'était le bruit public en Italie ; mais le Premier Consul averti coupa court en lui écrivant : « Vous ne devez recevoir aucune distinction ni présents quelconques du roi de Naples, ni d'Acton, C'est le seul cabinet qui, par sa conduite, a mérité l'exécration de l'Europe, »

La paix avec Naples ne pouvant plus rapporter à Alquier, chargé de la négocier, que de médiocres tabatières, Murât qui avait reçu à Rome la commission si désirée de général en chef de l'Armée d'observation du Midi (signée à Paris le 24 pluviôse, 13 février, arrivée à Rome le 24 février, 5 ventôse) aspira à rentrer en France où, en dehors de l'amour conjugal et paternel, l'appelait le désir légitime de placer le produit de ses opérations. De ce dernier motif, il ne parlait point au Premier Consul. « Mon généra], lui écrivait-il, vous auriez bien mauvaise opinion de moi si je ne vous parlais du désir que j'ai de me rapprocher de ma bonne Caroline et de mon petit Achille. Il faut être père pour sentir combien ce

CAROLINE EiN ITALIE 47

rapprochement est nécessaire à mon bonheur. Je Iremble pour la mère; elle fait des imprudences, elle sort... » Et il ajoutait :« Embrassez, je vous prie, t'o/re Achille pour moi. »

Il ne pouvait être question de retour. Les négociations avec Naples traînaient. Le Premier Consul exigeait que ses troupes occupassent le golfe de Tarente d'oii l'on enverrait plus aisément des secours à l'Armée d'Eyyple. Si les Napolitains refusaient, c'était la guerre. De plus, l'île d'Elbe à reprendre sur les Anglais ; la Toscane à organiser et à pressurer dans les caisses de l'armée, le gouvernement à changer à Florence, c'était assez d'affaires. Pour s'éviter les suppliques de son beau-frère, Napoléon promit un congé quand les premières opérations seraient finies ; même il désigna le général Muller pour l'intérim de général en chef, mais, après, il laissa passer du temps ; puis, sur le grand désir que témoignait Murât de voir sa femme, « il autorisa Caroline à se rendre à Florence ». (4 floréal, 24 avril).

Caroline partit en effet presque aussitôt avec le petit Achille qui avait ses trois mois et elle arriva à Florence le 16 floréal (6 mai). « Je suis le plus heureux des hommes, écrit Murât à sa mère ; j'ai près de moi ma Caroline et mon petit Achille. » Si grande pourtant que fût la vie à Florence, si radieuse que fût la représentation, si productives que fussent les contributions, Caroline ne parut point s'y plaire, car, après une vingtaine de jours, elle en partit pour prendre les eaux à Pise (9 prairial, 29 mai). Elle y passa une

semaine, s'en trouva mal, revint à Florence (17 prairial, 6 juin), et quinze jours plus tard, profitant du passage de Gacault, elle imagina défaire avec lui une escapade à Venise. Cela eut des conséquences, fit beaucoup parler à Vienne, à Rome, à Naples, à Paris, mit toute la diplomatie d'Europe en mouvement, attira à Cacault une vive réprimande de Talleyrand, et à Murât, qui n'y était pour rien, les observations du Premier Consul; mais ce n'était point pour lui marquer des rigueurs, car, par le même courrier, il le nomma général en chef des Armées françaises en Italie (8 thermidor, 27 juillet), rangeant à la fois sous ses ordres les troupes qui occupaient le royaume de Naples, celles qui se trouvaient dans les Légations, en Toscane, à Parme et à Gênes et celles qui étaient stationnées dans la République Cisalpine. Murât allait donc transporter son quartier général à Milan pour s'y établir sur un pied digne de sa nouvelle dignité et capable peut-être de contenter Caroline, mais, d'abord, il dut installer à Florence le nouveau roi, l'Infant de Parme, qui, peu satisfait d'être roi de Toscane comme un grand-duc, s'appelait roi d'Etrurie pour donner de l'antique à sa couronne. La chose ne se passa point sans incidents : aussitôt qu'il avait su l'arrivée du Roi à Parme, Murât s'y était transporté et avait réglé avec lui toutes les mesures. Revenu à Florence, il avait, le 14 thermidor (2 août), présidé, au Palais Vieux, à la prise de possession du royaume; le 22 (10 août), à l'entrée du Roi, il lui avait fait galamment les honneurs de sa capitale, et il semblait

Page 1