‹ Napoleon et sa familleChapitre 133 sur 168 · PAULETTE. — FLORENCE ET R03IE · texte numérisé non relu

PAULETTE. — FLORENCE ET R03IE

elle en eut240.000. Élisa, qui recevait 120.000 francs, eut 240.000 francs par an comme sa sœur; mais, étant la plus pauvre, elle eut encore, en gratification, 240.000 francs de surcroît le 3 messidor (22 juin), ce qui porta à 688.000 francs ce qu'elle avait reçu en l'an XII.

Paulette avait bénéficié de l'évanouissement de Caroline : elle se trouvait Altesse impériale toutcomme ses sœurs, et pourtant Napoléon était en ce moment en grande colère contre elle : ce qu'explique ce qui s'était passé depuis le mariage.

Partis de Paris le 22 brumaire (4 novembre 1803), le prince et la princesse Borghèse étaient arrivés le 24 (16) à Lyon où Tabbé Jauffret, vicaire général de Fesch, avait mis à leurs ordres le palais archiépiscopal, et oii, dans l'après-midi, ils avaient reçu la visite des principaux fonctionnaires. Sans rendre aucune politesse, ils étaient repartis le 25 (17) à quatre heures du matin et avaient fait route pour Florence : là au palais Salviati, dans la via Ghibellina, ils s'étaient arrêtés quelques jours. Paulette fit merveille aux Caséines, avec ses deux carrosses et son nègre, habillé à la turque. Il y eut pour elle grand dîner au palais Pitti où on lui appliqua le cérémonial usité pour les princes du sang ; mais elle le porta gaiement, éclatant de rire à la vue de la régente en grand costume.

De Florence, en route pour Rome, et là, réception grandiose : gardes depuis les frontières, escorte de

poste en poste ; à l'arrivée, le 17 frimaire (9 décembre), le cardinal secrétaire d'État pour la complimenter, la princesse douairière et tous les Borghèse. « Le Pape avait une envie extrême de la voir, » mais Paulette prétexta qu'elle avait besoin de se reposer quelques jours, afin d'attendre des robes à sensation, et ce ne fut que le 21 (13) qu'elle prit l'audience de Sa Sainteté. A six heures de France, elle se rendit au Vatican accompagnée de Fesch et de la princesse douairière. Par une distinction, la plus marquante qui se pût imaginer, le Pape la reçut dans ses appartements et non pas au jardin comme il était d'usage pour les dames de haut rang. « Sans aucune exagération, écrit Consalvi à Caprara, je puis dire à Votre Eminence que le Pape a été satisfait d'elle au delà de toute idée ; et la princesse l'a été de même du Pape. Il lui a fait cadeau d'un magnifique chapelet et d'un superbe camée. » Les 22 et 23 (14 et 13), ce fut au palais Borghèse le ricivimento de présentation avec toute la noblesse romaine et étrangère, tout le Sacré collège et la prélature, tout le corps diplomatique; puis, tout de suite après, des fêtes et des dîners où le Secrétaire d'Etat se signala.

L'effet que produisait Paulette était admirable et inattendu : c'était à croire qu'elle voulait se faire des amants du Pape et de toutes les Eminences. « Le Pape me disait, écrit Consalvi, que la maison Borghèse ne pouvait guère s'attendre à un bonheur plus groiid dans tous les sens possibles. » Le Secrétaire d'Etat, pour son compte est tout enflammé ;

Page 1