‹ Napoleon et sa familleChapitre 134 sur 168 · PAULETTE. - A ROME · texte numérisé non relu

PAULETTE. - A ROME

« Cette clame, dit-il, est vraiment très gracieuse et très aimable et douée des manières les plus gentilles, si bien qu'on peut dire qu'elle unit les grâces du corps à celles de l'esprit. » Quant à la famille Borghèse, elle est sous le charme : « La cordialité et la familiarité qui régnent entre eux, dit encore Consalvi sont si grandes et si éilifiantes qu'il semble que ces hauts personnages se soient connus depuis longtemps. » Enfin, « l'afTection qui unit les deux époux est si grande s> que le pudique Consalvi s'abstient d'y insister. Sur ces relations qui le flattent au point le plus sensible, le Premier Consul, sortant de son long et volontaire silence, se détermine, le 22 nivôse (13 janvier 1804), à accréditer officiellement sa sœur près du Pape : « Je prie Votre Sainteté, écrit-il, d'avoir quelque bonté pour M™® Paulette et de lui donner quelquefois ses conseils. »

C'étaient là de belles espérances et l'on se flattait que, prenant le train de vie qui convient, Paulette se plairait dans cette ville oii on lui faisait si grand accueil ; — la ville sans doute oiî, pour qui y est introduit à parité de rang, la société est le plus agréable en sa familiarité enjouée; oii, les formes respectées, la liberté est la plus entière; où, sous la mollesse du ciel, dans l'oisiveté de l'intelligence, le social des êtres s'affine en quelque façon pour se combiner; oij, avec une moliniste indulgence, sans pruderie, sans affectation, chacun admet, comme une conséquence de nature, tout l'amour en sa gamme variée, depuis la liaison de vie jusqu'à la passade;

OÙ l'on en évite le scandale public en en faisant comme l'affaire de chacun des initiés, comme un secret commun que l'on garde du vulgaire, qui ne porte pas grand mal et qu'on se plaît à imaginer comme un spectacle amusant et un peu vif.

Mais, pour cela, il faut passer par les épreuves et se contenter^ quant au matériel de la vie, des usages et des façons romaines ; il faut en respecter l'ennui, en subir les servitudes, en respecter les ridicules. Paulette n'était point femme à se soumettre et, un mois à peine écoulé, elle aspirait au retour. « Vous avez donc dit adieu à la belle Italie, écrivait-elle à Murât le 9 ventôse (29 février). Je désirerais bien aussi la quitter un peu pour revoir toute ma famille et cette chère France à laquelle on tient malgré soi 1 Je ne sais, mais je crois que l'air de Rome ne m'est pas très bon. J'y suis toujours enrhumée. Mon petit Camille vient d'être forcé de faire un voyage à Naples pour des affaires indispensables... J'espère que nous nous verrons bientôt tous en France, réunis, contents et nous félicitant des événements. »

C'était un symptôme où l'on ne pouvait se tromper. A la fin de ventôse (mars), tout était si complètement brouillé que Fesch en fit son rapport au Premier Consul et celui-ci en écrivit à Paulette d'un ton sévère et d'un style officiel : « Madame et chère sœur, j'ai appris que vous n'aviez pas le bon esprit de vous conformer aux mœurs et aux habitudes de la ville de Rome; que vous montriez du mépris aux habitants et que sens cesse vous aviez les yeux sur Paris.

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