LUCIEN. — A ROME
me dit relativement à l'arrivée de ma mère. Le climat de Paris est beaucoup trop humide et trop froid pour elle. Mon premier médecin lui a conseillé de se fixer dans les pays chauds beaucoup plus analogues à son climat naturel. Quelque parti qu'elle prenne, je ne cesserai de la recommanter à Votre Sainteté. »
Ainsi, point d'annonce officielle venant des Tuileries ; incognito strictement respecté dans la vieille France ; un zèle de flatterie se donnant carrière à proportion qu'on s'éloigne de Paris ; à Rome enfin, la conviction que ce sera plaire grandement à Napoléon et se créer des titres près de lui, que recevoir sa mère en souveraine ; et, subitement, ce coup de caveçon : tout net, je Premier Consul signifie qu'on en fait trop et qu'on passe la mesure.
Certes M""^ Bonaparte n'a point été exilée par son fils, mais elle s'est exilée elle-même. En prenant le parti de Lucien contre son frère, en voyant et en recevant M""® Jouberthou, en acceptant le fait du mariage, en quittant Paris avant Lucien mais à cause de Lucien, elle a aggravé singulièrement une situation que, depuis près d'un an, ses prétentions rendaient difficile. Et ce qui, à Rome, ne peut manquer de compliquer encore sa proposition, c'est la très prochaine venue de Lucien.
Il arrive en efTet le 16 floréal (6 mai), mais il a eu la précaution de laisser sa femme et ses enfants à trente cinq milles de Rome, au château do Bassano, fief de la maison Giustiniani, qu'il a loué pour y
passer l'été dans le voisinage de deux terres qu'il a acquises de ce prince. Lucien, le sénateur Lucien, est loin à ce moment d'avoir perdu tout espoir d'être compris, lui et son fils, dans la ligne d'hérédité, soit qu'il compte sur la faiblesse de son frère, soit qu'il se juge indispensable. Bourrasque à passer, comme à Marathon, comme à l'Armée du Nord, comme à Ajaccio, comme à Madrid. Napoléon l'a si bien habitué à lui toujours céder que, tôt ou tard, il se tient certain de rentrer magnifiquement en grâce. Il n'a point rompu la correspondance et charge encore Fesch de transmettre une lettre au Consul, la veille du jour où, comme Bonaparte et comme sénateur, il doit être présenté à Sa Sainteté et lui remettre le billet de Napoléon dont il est porteur (18 floréal- 8 mai)
Sur la petite colonie Bonaparte, le sénatus-consulte du 28 floréal et les mesures relatives aux sœurs de l'Empereur produisirent des impressions fort diverses.
Lucien, se déterminant à bouder puisque, pour le moment, il ne pouvait faire autre chose, entreprit de grands travaux à Bassano, loua à Rome le palais Lancelotti, fit annoncer par tous les journaux d'Europe qu'on allait lui expédier de Paris tous ses tableaux, prit encore une maison à Frascati, se posa en acheteur de tous les domaines de l'Etat romain et ne parut point vouloir laisser de doute sur son étabUssement définitif hors de France.
Paulette se réjouit de l'aubaine, mais point tant