LE SENATUS-CONSULTE A ROME
qu'on eût pensé : il Im plaisait d'être princesse toute seule ; elle Tétait et ne gagnait à l'Empire qu'une qualification dont alors elle ne sentait point le prix. Elle avait d'autres occupations et son désir allait surtout à sortir de Rome, où sa lutte avec sa belle-mère s'accentuait chaque jour, et à revenir à Paris. Sous prétextede sasanté, elle obtint, le2I prairial (10 juin), que son mari la conduisît aux bains de Pise ; elle ne s'en trouva pas bien et, moins d'une quinzaine après, (4 messidor-22 juin), elle se rabattit sur Florence. C'était une première étape. A Florence, la reine l'accueillit avec la plus grande distinction et selon les rapports établis entre les familles souveraines. Le jour de Saint-Jean-Baptiste, à la course des chevaux, Paulette parut sur la terrasse des princes, entourée de tous les ministres et de toute la cour d'Etrurie, bienautremen. reine en son habit français que la reine elle-mêmet
Enfin, après quinze jours de fêtes et de triomphes, le 18 messidor (7 juillet), elle quitte Florence pour les bains deLucques où sa mère doit la joindre.
]^jme Bonaparte y traîne avec elle tout un cortège de soucis, d'inquiétudes et de déceptions : ses fils sont princes, ses filles et ses belles-filles sont princesses ; elle n'est rien ; son nom n'a pas même été prononcé. Dans les entours de Joseph, on la titre Impératrice mère : c'est la fiction à^impératoriser feu Charles Bonaparte; mais il est des limites au delà desquelles on ne jette point le défi à l'esprit des peuples : Napoleou n avait pOinc îa comprcnension du ridicule, mais il avait le sens des proportions. Il trouvait exagéré
ce qu'il avait été contraint défaire pour ses frères ; il s'était, par ses sœurs, laissé arracher des titres qui d'ailleurs n'étaient que de courtoisie ; — mais la qualification d'impératrice, accordée à sa mère, Outre qu'elle serait un outrage au bon sens, serait dangereuse, puisqu'elle mettrait M""" Bonaparte sur un rang d'égalité avec sa bru, — partant avec lui-même — lui conférerait des droits et, ce qui serait plus grave, paraîtrait en constituer aux autres enfants. C'était bien dans cette vue qu'on agissait, mais il ne parut pas y faire attention et, peut-être, en réalité, n'en faisait-il aucune : aussi, les choses restèrent en suspens. j^jrac Bonaparte, après avoir fait annoncer son départ pour Pise, puis pour Lucques, s'était, en fait, retirée à Frascati près de Lucien, et là, tous deux, excitant mutuellement leurs rancunes, certains des injustices dont ils étaient les victimes, convaincus qu'on les dépouillait de ce qui légitimement était leur bien, arrivaient par degrés à une surexcitation qui n'était point sans influer sur le physique de M™® Bonaparte. Quittant enfin Frascati au milieu de messidor (le 16- 5 juillet), elle se détermina à rejoindre Paulette aux bains de Lucques ; mais, avant de partir, elle avait eu de longs entretiens avec Fesch, auquel elle avait laissé ses pouvoirs. Elle imaginait sans doute que son frère,qui avait été mêlé aux négociations préliminaires du voyage du Pape et qui venait d'ajouter à ses dignités celle de grand aumônier de France à 40.000 francs par an, serait un intermédiaire écouté. Fesch écrivit donc à TEmpereur le 20 messidor (9 juillet) : « Votre