MADAME BONAPARTE. — SES PRÉTENTIONS
mère est partie pour les eaux de Lucques. Sa santé est minée par des affections morales plus que par des incommodités physiques. J'ai remarqué que son mal empirait toutes les fois qu'elle voyait arriver le courrier sans lettres pour elle. Sa désolation a été grande d'apprendre par les gazettes l'avènement de Votre Majesté à l'empire ; elle a été très affectée de ne recevoir aucun courrier dans l'espace de trois mois qu'elle a passés à Rome; elle s'imagine que Votre Majesté Impériale lui préfère tout autre de sa famille. Ces 'réflexions fâcheuses paralysent sa forte complexion, arrêtent tout le bien qu'elle devait espérer du voyage, du climat et des remèdes. J'ai tout fait pour elle, je n'ai rien négligé pour la tranquilliser et pour lui rendre agréable le séjour de Rome, mais tous mes efforts ont été arrètéspar la grave maladie de M"° Clary qui sait si bien la prendre.
« Votre mère ambitionne un titre, un état stable ; elle se désole que les uns l'appellent Majesté, Impératrice mère, tandis que les autres ne lui donnent que le titre à' Altesse ijnpériale comme à ses filles ; elle est impatiente d'apprendre qu'on ait fixé son sort. Elle ne veut plus retourner à Rome. Elle compte que Votre Majesté l'appellera à Paris avant la fin d'août, époque de son départ de Lucques. »
La mise en demeure était cette fois si formelle qu'il fallut que Napoléon fît quelque chose : c'était l'existence de sa mère qne son oncle l'accusait de compromettre, s'il ne lui conférait point ce titre qui, seul, pouvait la contenter. On mettait à Napoléon le cou-
teau sur la gorge, et pourtant, sur Ylmpératrice^ il ne céda point : cela était par trop absurde. Il consulta les gens desCérémonies, qui ne surent que répondre. Pour régler un rang à M""® Bonaparte et l'établir dans une dignité, le Protocole et l'Etiquette qui ne sont composés que de précédents enregistrés, étaient également muets. Dès qu'un précédent existe, fut-il contraire à toutes les règles du bon sens, tout est bien ; mais, créer un précédent est d'une gravite telle que Ségur-Cérémonies se récuse. On fouille l'histoire, mais il faut remonter à François P"" pour trouver un cas qui présente quelque analogie : un roi dont la mère vivante n'ait point été reine. Or, en ces temps barbares, c'est à peine si, au roi même, l'on donnait de la Majesté — ce titre ne fut entièrement consacré que sous Henri II; — les reines régnantes ne le recevaient même point : aux Etats de Blois, on le refusa à Catherine de Médicis a parce que, apparemment, on le regardait alors comme propre à la seule personne du Roi ». Louise de Savoie, quoique régente, n'eut jamais le titre de reine ; il y eut pour elle érection en duché de la Comté-pairie d'Angouléme et on l'appela « M""^ d'Angoulcme », rien de plus. Il fallait mieux : on ne trouva point grande difficulté à donner à M™° Bonaparte X Altesse imjicriale comme à ses filles et ce fut à quoi l'on s'arrêta d'abord en faisant suivre le nom tout au long de la qualification : mère de l'Empereur. Mais bientôt Napoléon s'aperçut que cette forme ne convenait pas et n'était point correcte : datant de lui, sa dynastie devait porter son nom,