MADAME BONAPARTE. — RETOUR A ROME
En se séparant de sa fille aux bains de Lucques, ]^jme l3onaparte, quoiqu'eût annoncé Fesch, étaitretournée à Rome où elle avait à régler, tant avec son frère qu'avec Lucien, quantité d'affaires, et où surtout l'état de santé de son amie, M™° Clary, la rappelait impérieusement. Fort éprouvée par la maladie qu'elle avait subie au printemps, M"^ Clary était retombée, et elle mourut avant que son mari, le beau-frère de Joseph, pût arriver pour lui fermer les yeux. C'était une bourgeoise marseillaise, de naissance obscure, d'habitudes et d'éducation communes, mais qui avait du bon sens, quelque esprit, la volonté de s'élever, et qui, par le passé d'une liaison de dix années, était la seule Française exerçant quelque influence sur Madame. Elle lui avait donné une preuve singulière de dévouement en la suivant à Rome, malgré qu'elle eût une belle fortune et qu'elle laissât derrière elle sept enfants et un mari qu'elle aimait. Elle lui était, en ce moment, désignée comme dame d'honneur avec M. Clary comme chambellan : elle aurait sans doute pris assez d'autorité dans sa maison pour éviter à la mère de l'Empereur l'apparence de lésineries ridicules. La mort fut un malheur irréparable pour Madame.
Sans doute cette mort contribua à retenir M™^ Bonaparte, mais il y eut d'autres causes : elle devait revenir à Paris en thermidor an XII (août) ; le 23 brumaire an XIII (14 novembre), elle était encore à Rome : encore n'en partit-elle que parce qu'une maladie épidémique, la peste disait-on, avait
éclaté à Livourne, qu'un cordon sanitaire allait être établi sur les frontières de la République Italienne et
^qu'elle craignait de ne pouvoir passer.
i Qu'altendait-elle? Que Napoléon la fît participer au Couronnement ou que, avant le Sacre, il rappelât Lucien et lui pardonnât? Les deux hypothèses se complètent, et la seconde, si invraisemblable qu'elle paraisse, n'est pas la moins admissible, si la première est la plus évidente. Ayant obtenu pour elle-même une partie de ce qu'elle souhaitait, comptant sur les événements pour obtenir le reste, Madame dirigeait tout son effort pour réintégrer Lucien dans la Famille impériale, soit qu'elle eût chargé Fesch de le négocier, soit qu'elle en eût écrit elle-même. Ce fut pour attendre des réponses que, partie de Rome le 22 brumaire (14 novembre), elle s'arrêta plus d'une semaine à Milan où, le 29 (21), Lucien la rejoignit avec sa famille. Puis, à petites journées, elle se mit en rente espérant toujours, semble-t-il, qu'un courrier viendrait la joindre, lui donnerait occasion de précipiter sa course, d'arriver encore à temps pour être couronnée, surtout pour amener Lucien, le voir, réhabilité et glorifié, prendre sa place à côté du trône.
Ces ambitions toujours en éveil, ces réclamations sans cesse élevées, cette ardeur furieuse à lui arracher des faveurs qu'on regardait comme des droits, cette insatiable avidité, cette ingratitude ostentatoire, n'avaient point été sans fatiguer et irriter Napoléon. La conduite de ses parents contrastait ainsi troj