‹ Napoleon et sa familleChapitre 142 sur 168 · JOSEPHINE. — LE SACRE · texte numérisé non relu

JOSEPHINE. — LE SACRE

D'ailleurs, ceux qui poussaient le plus au divorce, n'étaient-ce point ses frères? Pourquoi cet étrange désintéressement? N'était-ce point pour le mettre en posture ridicule puisqu'ils savaient ses doutes et connaissaient ses forces? N'était-ce point pour le séparer des seuls êtres auxquels il était attaché et dans la société desquels il trouvait une douceur et un repos, et cela, pour le prendre uniquement, pour le posséder seuls, pour le pressurer à leur profit, pour supprimer tous les contrepoids à l'aide desquels, à des moments, il avait pu balancer leur fortune?

Au Conseil d'Etat, dans toutes discussions, les plus abstraites, les plus embarrassées, il se retrouvait toujours à deux questions : « Gela est-il juste? Cela est-il utile? » Le divorce n'était pas utile et il ne lui semblait pas juste. « Comment renvoyer cette bonne femme à cause que je deviens plus grand, disait-il? Si j'avais été jeté dans une prison ou envoyé en exil, elle aurait partagé mon sort et, parce que je deviens puissant, je la renverrais? Non! cela passe ma force. J'ai un cœur d'homme, je n'ai pas été enfanté par une tigresse... C'est par justice que je n'ai pas voulu divorcer. »

Ces réflexions, Joséphine se gardait bien de les suggérer : il les faisait de lui-même et, pour cela, il les tournait en actes. Entre l'épouse soumise, craintive, et qu'il imaginait amoureuse et passionnée, entre Joséphine, jouant au naturel son rôle de victime, et les Bonaparte, acharnés à la poursuite, incapables de dissimuler leur joie triomphante, sonnant l'hallali

avant la prise, il était entraîné à protéger, à défendre, à élever encore, et ainsi à venger, celle qu'il avait tant aimée et qu'il aimait encore.

En l'attaquant, n'était-ce pas lui-même qu'on attaquait? N'était-ce pas son choix à lui que l'on contestait encore? L'offense devenait sienne, la réparation lui incombait. Il prononça que l'Impératrice serait couronnée, alors que Joséphine en désespérait et, une fois le mot prononcé sans qu'il se fût exactement rendu compte des conséquences, il alla jusqu'au bout parce qu'il rencontra des oppositions qui achevèrent de l'irriter et que reculer eût été signer, vis-à-vis des siens, sa propre défaite.

Sans doute, dans le Couronnement, il avait vu d'abord une grande cérémonie civile que le Pape venait rehausser de sa présence, et qui, de là, empruntait un caractère de majesté et d'archaïsme propre à frapper l'imagination des foules. Un pape avait consacré l'avènement de la deuxième dynastie; un pape consacrerait l'avènement de la quatrième : ainsi Napoléon n'aurait rien à envier à Gharlemagne. Il y aurait sans doute des prières, mais le moins possible et qu'on abrégerait. Le Pape venant à Paris, assistant au Couronnement, pris comme témoin du contrat conclu entre l'Empereur et le Peuple, c'était assez. L'Empereur se couronnerait lui-môme, couronnerait l'Impératrice : idées simples, telles que son cerveau devait alors les concevoir. Mais les usages ! les précédents ! le protocole! Le Sacre, dans la monarchie ancienne, était, au premier chef, une cérémonie reli-

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