‹ Napoleon et sa familleChapitre 143 sur 168 · JOSÉPHINE. — MARIAGE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE. — MARIAGE

gieuse : on n'en pouvait supprimer ni les traditions d'ornements, ni les onctions, ni les bénédictions. C'était chose grave d'en distraire quoi que ce fût, car n'eût-ce point été aux yeux des prêtres — et leur opinion comptait — vicier la cérémonie entière ? ; mais, alors, il faut passer par toute la filière.

Le Sacre est essentiellement un sacrement qu'on ne peut recevoir qu'en état de grâce. Le Pape, malgré les cardinaux réunis en conseil, fait à Napoléon la concession de le dispenser de la communion publique*, mais où il ne cède pas, où il ne peut pas céder, c'est sur le mariage religieux : c'est l'Empereur et l'Impératrice, soit ! mais, pour l'Eglise, ils vivent en concubinage, ils ne sont pas mariés ; ils ne peuvent être sacrés que s'ils sont mariés. — Et c'est là la suprême habileté de Joséphine. Elle sait fort bien que Napoléon ne lui accordera pas plus en l'an XIII qu'il n'a fait en l'an X, de l'épouser devant un prêtre, parce qu'au fond de lui, avec ses habitudes d'enfance et ses traditions corses, c'est le seul mariage qui compte, le seul qui lie à jamais — et bien que, pour le moment, il ne veuille point divorcer, il ne veut pas davantage s'engager pour la vie; il entend garder une porte de sortie. Joséphine ne parle de rien, ne demande rien, fait le silence. Puis, le Pape à Fontainebleau, tout

' Il existe de la même date, frimaire an XIII, deux éditions de la section IV de l'Extrait du cérémonial relatif au Sacre et au Couronnement de Leurs Majestés Impériales : dans la première, la communion est officiellement marquée aux articles XI. VI et XLVIl; dans la seconde, où quantité de modifications seraient à relever, la communion est supprimée.

étant disposé pour le Sacre, toutes les députations arrivées, tous les programmes publiés, la France entière à Paris, l'Europe toute en mouvement, à ce vieux prêtre formaliste, qui n'est point venu déjà de si bonne grâce, qui a eu pour son voyage de terribles luttes à affronter, qui, par suite, ne peut se compromettre davantage et sur une question si grave passer outre; à ce moine, professeur de théologie dogmatique, elle révèle, comme un scrupule de conscience, qu'elle n'est pas mariée devant l'Eglise. C'est une scène du Ma7'iage forcé; mais Napoléon ne peut accuser personne. 11 y a eu indiscrétion; mais qui l'a commise? Le Pape a recule secret en confession. José])hine n'a garde de dire que c'est elle qui l'a révélé. — Bataille perdue; il faut en prendre son parti.

Et Joséphine n'a rien demandé.

De même a-t-elle fait pour ses enfants, peut-être par inditTérence, — car, hors de ce qui la touche, elle s'inquiète peu — peut-être par habileté. «Jamais, a dit plus tard Napoléon, il ne lui est arrivé de rien demander pour Eugène, d'avoir jamais même remercié de ce que je faisais pour lui ; d'avoir montré plus de complaisance le jour des grandes faveurs, tant elle avait à cœur de se montrer persuadée et de me convaincre que tout cela n'était pas son afTaire à elle, mais bien la mienne, à moi, qui pouvais et devais y rechercher des avantages. »

C'est de lui-même et de son propre mouvement que Napoléon accorde, en l'an XII, une gratification de

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24.000 francs àFanny de Beauharnais qui en avait eu une de 10.000 en l'an XI ; c'est lui qui, après avoir fa/t voyager Adrien Lezay-Marnesia, le nomme ministre à Salzbourg et lui donne 10.000 francs en l'an XI et 24.000 en l'an XII; lui qui fait un traitement de 3.000 francs à M. de Barrai, évêque de Troyes ; lui qui règle à 8.000 francs la pension annuelle de M™" Tascher de la Pagerie (qu'on nomme Sanois de la Pagerie), y ajoute une première gratification de 10.346 fr. 37, puis une autre de 20.000 francs; lui enfin qui assigne à chacun des trois enfants Tascher que Joséphine a fait venir de la Martinique et, dont le voyage à travers les Anglais a été plein d'incidents, 3,000 francs de pension.

Ce n'est rien pour leurs dépenses, mais Joséphine ne réclame point : elle paye de sa bourse chez j^jme Campan pour la fille, chez Gay-Veraon pour les garçons ; en l'an XII, il lui en coûte pour leur entretien 17.944 francs, mais ce n'est point matière à discuter. De même elle ne dit rien lorsque, sur le traitement de 18.000 francs attribué en l'an XI à M™® Renaudin-Beauharnais-Danès et devenu libre par sa mort, le Premier Consul prélève 3.000 francs pour son cousin Ornano et donne 6.000 francs seulement à la cousine de Joséphine, cette M™^ de Gopons, née Desvergers de Mauperluis, qui s'en montra d'ailleurs si fort reconnaissante qu'on la trouve en liaison intime avec les pires ennemis du régime et en relations politiques avec Vamie de d'An Ira igues.

Ce n'est rien là : des aumônes que Joséphine ne provoque ni ne discute ; mais oij vraiment elle est forte et habile, c'est lorsqu'il s'agit de son préféré ; Eugène, et elle y a d'autant plus de mérite qu'il est d'abord moins bien traité.

Au début de l'Empire en effet, soit que Napoléon eût pris quelque ennui du bruit qui courait d'une adoption et de l'accueil qu'y faisait l'armée , soit qu'on lui eût inspiré de la jalousie contre ce joli garçon , soit qu'il voulût l'éprouver et voir quelle conduite il tiendrait alors, il le mit fort à dislance et n'abaissa pour lui nulle des barrières que l'ancienne étiquette avait rétablies. Eugène « se trouva donc relégué par son grade et ses fonctions dans le salon d'attente le plus éloigné des appartements ». 11 ne fut plus de rien, ne participa plus à rien. Il n'en murmura point et sembla trouver la chose toute naturelle. On chercha à l'irriter ou du moins à le faire parler. « Il ferma la bouche à ces bons amis de cour en leur disant qu'il se trouvait bien partout où son devoir le plaçait. »

Comme pour continuer l'épreuve. Napoléon lui lit offrir par Joséphine l'office de grand chambellan de la couronne. Eugène déclina modestement la proposition « en s'excusant sur ce que cet emploi ne convenait ni à ses goûts, ni à son caractère, sa vocation étant toute militaire ». Nulle réponse ne pouvait mieux plaire à l'Empereur qui, d'abord, porta le traitement annuel de son beau-fils de 30.000 à 150.000 francS; puis, tout en le maintenant à la tête

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