JOSEPH. — LE GRAND ÉLECTEUR
(le sa disgivîce ? Reste, il est vrai, à déterminer comment Napoléon a cédé. — Mais peut-être s'imaginet-il qu'à la fin, à force de bienfaits, il conquerra cet homme, qu'il vaincra cette résistance ; puis, en le nommant, il lui assigne un poste lointain, Fécarte de France; enfin, c'est un rang qu'il donne dans sa Cour à cette fiancée qu'il a délaissée...
De cette satisfaction, Joseph ne tient pas plus de compte que du reste : ce qu'il veut, c'est dans le présent, une part réelle du pouvoir, dans l'avenir, la certitude de le posséder tout entier. Or, malgré la splendeur extérieure, la dignité de grand électeur ne donne efTectivement aucun accès au gouvernement : faire les fonctions de chancelier pour la convocation du Corps législatif, des collèges électoraux et des assemblées de canton, ou pour la promulgation des sénatus-consultes portant dissolution de ces assemblées ; présider le Sénat, en l'absence de l'Empereur, aux séances de nomination ; porter les réclamations des collèges électoraux à la connaissance du souverain, présenter au serment les membres des corps élus, les introduire aux audiences impériales, leur délivrer leurs brevets, présider le collège électoral de Bruxelles, c'est tout le rôle que le sénatus-consulte assigne au grand électeur; c'est vrai qu'il a un bel habit : en grand costume, la tunique blanche brodée et ornée au bas de crépines d'or, avec un manteau ponceau, traînant^ brodé autour et doublé d'hermine; en petit costume, l'habit de velours bleu brodé sur toutes les coutures, traversé d'une écharpe en étolTe d'or oii
pend l'épée, le manteau de même couleur et de même longueur, semé d'abeilles d'or, doublé de satin blanc brodé d'or, la cravate de dentelles, le chapeau à la Henri IV garni de plumes blanches ; mais Joseph alors paraît tenir assez peu aux ajustements.
Ce qui serait mieux, c'est que le grand électeur, premier des grands dignitaires et inamovible, fait partie de droit du Grand conseil de l'Empire, du Conseil privé, et du Grand conseil de la Légion ; mais aux uns, que l'Empereur convoque à sa convenance, c'est-à-dire peu, il appelle qui lui plaît et dit ce qu'il veut perdre, et le dernier est à présent sans fonctions utiles et sans influence même sur les nominations.
Ces honneurs donc semblent à Joseph assez vains, tandis que l'article de l'adoption reste un fait qu'il ne pardonne pas. « Il s'exprime sur cette disposition avec une amertume et une vivacité extrêmes et souvent dans les termes les plus injurieux contre l'Impératrice. » Il manifeste son opposition en refusant d'abord de se laisser donner les titres que l'Empereur lui a accordés : « Je ne vous conçois pas ou vous ne me concevez pas avec vos Monseigneur, écrit-il à Rœderer le 30 prairial (30 mai) ; je ne veux l'être pour personne : ce titre et celui d'Altesse sont tous inconvenants. Que l'on appelle chaque chose par son nom je le trouve bien. Je serai grand électeur tant que l'on voudra, sénateur tant que le Sénat voudra, citoyen tant que je pourrai et toujours votre ami... L'intérêt public doit seul créer de grandes charges publiques; chaque fonctionnaire doit porter le nom de sa charge,