‹ Napoleon et sa familleChapitre 150 sur 168 · JOSEPH. — REFUS DES TITRES CONSTITUTIONNELS · texte numérisé non relu

JOSEPH. — REFUS DES TITRES CONSTITUTIONNELS

mais ni Monseigneur ni Altesse ne constituent pas les fonctions actuelles que remplissent ceux auxquels on les donne. »

Ses amis essayent d'expliquer cette décision en disant que Joseph n'ayant pas été appelé à Paris pour prêter son serment de grand électeur, ayant au contraire reçu l'ordre formel de rester à son régiment et continuant à y être commandé parle ministre de la Guerre dans les mêmes conditions que tout autre colonel, « ne peut pas, ne doit pas prendre le pas sur le général en chef à Boulogne et courir le risque, en rentrant au camp, d'être mis aux arrêts par un officier de son état major ». Certes, ce rôle de Maître Jacques, alternativement prince et colonel, a des difficultés, mais qui se rencontrent pareilles dans toutes les armées d'Europe où des princes servent comme subalternes et, si c'est le prétexte, ce n'est point, de son aveu, le motif de Joseph.

D'ailleurs, ce n'est point là l'unique manifestation de ses sentiments : vis-à-vis de l'Empereur, il néglige à dessein le protocole obligatoire ; il lui écrit « mon frère », ne lui donne pas une fois de la « Majesté » et, dans la salutation, d'une incorrection voulue, parle plus d'affection que de respect. Ce manque de formes ne peut échapper à l'esprit hiérarchique de Napoléon et si on le rapproche du « cher collègue » donné aux sénateurs, on y trouve une tendance bien caractérisée. Cette tendance s'accuse encore plus dans les lettres aux prêteurs du Sénat, où Joseph semble s'établir en chef de parti: « Je regarde, dit-il, comme la plus belle

prérogative de la place de grand électeur, celle qui me place au centre du Sénat ; je serai fort heureux de me trouver à portée de cultiver tous les jours de plus en plus sa bienveillance et de mériter, ce que les grandeurs ne donnent pas, l'amitié de tous mes collègues et de tous les amis de leur pays. »

Il n'y a plus de doute à garder après le 20 thermidor (8 août) où Joseph, revenu à Paris, reçoit dans son Palais, faubourg Saint-Honoré, les membres du Sénat, du Conseil d'Etat, du Corps législatif, du Tribunat, venus pour lui présenter leurs félicitations à l'occasion de ses nouvelles dignités. Entre autres discours, celui de François de Neufchateau, au nom du Sénat, est significatif : « Nous savons votre amour pour la simplicité, dit-il. Nous savons comment Votre Altesse impériale apprécie les grandeurs et les titres. Dans son opinion, la grandeur véritable est d'être utile aux hommes et le titre le plus flatteur est celui du bien qu'on peut faire. » Et Fontanes, au nom du Corps législatif : « Comment le Peuple français n'aurait-il pas mis à sa tète une famille où se réunissent à la fois Fart de vaincre et l'art de gouverner, le talent des négociations et celui de l'éloquence, l'éclat de l'héroïsme, les grâces de l'esprit et le charme de la bonté. » A qui fait-on ici la meilleure part?

C'était déjà assez pour irriter l'Empereur, mais il a encore contre son frère d'autres griefs qui viennent renforcer les premiers. Pour le recrutement de sa maison d'honneur, Joseph, en effet, a pris exactement le contre-pied des idées que lui a exposées Napoléon.

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