‹ Napoleon et sa familleChapitre 151 sur 168 · JOSEPH. — FORMATION DE SA MAISON · texte numérisé non relu

JOSEPH. — FORMATION DE SA MAISON

« Ma maison et la vôtre, pour être bien composées, lui a-l-il dit, ne peuvent l'être que de militaires et d'anciensnobles. Vousne devez prendre parmiles sénateurs et les conseillers d'Ëlat que ceux qui remplissent au moins l'une de ces deux conditions ; les autres, ainsi que leurs femmes, doivent être exclus. Il faut aller chercher dans l'ancienne noblesse et particulièrement dans celle des pays nouvellement réunis à la France, tels que la Belgique et le Piémont, vos officiers et les dames du palais. Imitez-moi : il reste encore d'assez beaux noms parmi lesquels vous pouvez trouver ce qui vous convient. »

Or, Joseph n'a pris qu'en France, dans une noblesse assez médiocre, presque inférieure à la bourgeoisie, mais fortement teintée de libéralisme et ayant même au besoin un air d'opposition ; il a puisé tant qu'il a pu dans les grands corps de l'Etat, mais sans y choisir de nobles ou de vrais militaires ; il a, par ses nominations, affirmé son indépendance en matière de religion et de convenances sociales et n'a point essayé une seule fois de se rapprocher de la politique de fusion que préconise l'Empereur.

La dame d'honneur qu'il a donnée à sa femme, M""^ Louis de Girardin, est sans doute née Navailles, mais elle a été la duchesse d'Aiguillon, celle de la Fédération, la cible habituelle du petit Gautier et des Douze apôtres, avant de divorcer pour épouser Louis de Girardin (Brégy) divorcé de son côté de M"'' Berthelot de Baye. Aussi accusée comme opinions libérales, est la première dame pour accompagner,

4'i6 NAPOLÉON ET SA FAMILLE

M™^ Desselles, née Picot de Dampierre, fille du général libéral monarchique tué à l'ennemi, femme de ce Dessolles, général de division , conseiller d'État à la paix de Lunéville, qui a été mêlé à la conspiration Moreau et qui, s'il paraît à présent rallié à l'Empire, ne doit pas tarder à reprendre une attitude hostile au point de refuser constamment tout emploi. Au reste, leur conduite à la Restauration dispense de commentaires. M""® Miot, de toute petite bourgeoisie, est là à cause de son mari, l'affidé le plus intime de Joseph et l'un de ses hommes au Conseil d'État où par ses anciennes relations avec les Jacobins il est d'utilité. De même, M™^ Dupuy, née Bolgard, dont le mari, ancien intendant général dans l'Inde, a été nommé conseiller d'État pour avoir été le souffleur de Joseph à Amiens.

Comme premier chambellan, Joseph a voulu d'abord Boissy d'Anglas; puis, par concession, s'est rabattu à M. de Jaucourt, plus noble mais aussi protestant : colonel de Gondé-dragon en 1791, Jaucourt a présidé l'administration de Seine-et-Marne avant de se signaler à la Législative. Sa femme, la fille de Bontemps, le valet de chambre ordinaire du Roi, mariée au duc de la Châtre, a longtemps été sa maîtresse avant de divorcer et de l'épouser. Ce sont des amis intimes de Talleyrand ; Jaucourt est du whist : il sera du gouvernement provisoire de 1814. Cela suffit.

Comme chambellan, Joseph a Mathieu Dumas, conseiller d'État etgénéral de brigade, mais, avant, comme on sait, un des membres les plus actifs de la Législative.

Et de même, Stanislas Girardin, premier écuyer ;

Page 1