JOSEPH. — NOUVELLE BATAILLE
disant que son manteau est commandé, brodé même, et que tout Paris le sait. Joseph, interpellé, accède sans aucune difficulté à la proposition de l'Empereur ; mais, lorsqu'elle est adoptée, il en tire les conséquences : « Puisqu'on a reconnu, dit-il, que, à l'exception du chef de l'Etat, aucun autre, quel que soit son rang, ne peut être considéré comme participant aux honneurs de la souveraineté et que nous, particulièrement, ne sommes plus traités comme princes, il ne serait pas juste que nos femmes qui, dès ce moment, ne sont que femmes de grands dignitaires, portassent, comme princesses, la queue du manteau de l'Impératrice. » L'Empereur impatienté riposte ; Ségur cite l'exemple de Marie de Médicis ; Joseph, qui s'est préparé et renseigné, démontre que Marie de Médicis « qui cependant avait droit à tous les honneurs parce qu'elle était mère , titre principal auquel les reines pouvaient les réclamer et le peuple les accorder », avait été seulement accompagnée par la reine Marguerite et par Madame, sœur du Roi. L'Empereur, interloqué par tant de science, s'emporte d'autant plus ; il se dresse de son fauteuil, apostrophe son frère, s'échauffe en un long discours oii il lui reproche toute sa conduite. La séance est levée au milieu du désarroi ; mais, les grands officiers sortis, en présence des grands dignitaires seuls, l'Empereur attaque si vivement Joseph que celui-ci finit par offrir de donner sa démission et de se retirer en Allemagne. Cette proposition faite assez froidement pour paraître sérieuse donne à penser à l'Empereur qui se calme, et l'on se sépare sans conclure.
Six jours après, Napoléon, qui n'a point revu son frère, part pour Fontainebleau où il doit recevoir le Pape : il y appelle Joseph et il a avec lui, directement et en tête à tête, une explication décisive : « J'ai beaucoup réfléchi, lui dit-il d'abord, au difl"érend qui s'est élevé entre vous et moi, et je commencerai par vous avouer que, depuis six jours que dure cette querelle, je n'ai pas eu un instant de repos. J'en ai perdu jusqu'au sommeil et vous seul pouvez exercer sur moi un tel empire ; je ne sais aucun événement qui puisse me troubler à ce point »... « Vous avez, continue-t-il, à choisir entre trois partis : celui de me donner votre démission et de vous retirer de bonne foi des affaires publiques, de renoncer à tout; celui de continuer à jouir du rang de prince et de rester cependant, comme vous l'avez été jusqu'ici, en opposition avec le système que j'embrasse ; enfin, celui de vous unir franchement à moi et d'être, tranchons le mot, mon premier sujet. » Avec une netteté et une rigidité désespérantes et inflexibles, il développe chacune des trois hypothèses : il découvre ce qu'il fera si Joseph se retire à Mortefontaine ; il lui donnera un million, deux même, le laissera acheter une terre près de Turin, voyager en Allemagne, en Russie ; il fera déclarer successeur le fils de Louis avec une régence dont Louis sera le chef, Cambacérès et Lebrun les membres . Le système a des inconvénients, mais il est complet « et ce qui est complet est toujours bon ».
« Le second parti, celui où. vous avez marché jus-