‹ Napoleon et sa familleChapitre 155 sur 168 · JOSEPH. — EXPLICATION DÉCISIVE · texte numérisé non relu

JOSEPH. — EXPLICATION DÉCISIVE

qu'ici, reprend Napoléon, ne peut plus au conlraîre se tolérer. Si vous refusez de venir au Sacre, d'y remplir les fonctions attribuées à voire qualité de grand électeur et de prince, et que vous vouliez néanmoins en conserveries titres et les prérogatives, vous êtes,dès lors, mon ennemi. Et oii sont vos moyens d'attaque ? Où est l'armée que vous avez à faire marcher contre moi ? Avec quel secours, avec quelles forces, me disputerez-vous l'Empire ? Tout vous manque et alors je vous anéantirai...

« Le troisième parti est le plus simple, celui qui vous convient le mieux et auquel vous devez enfin vous arrêter : placez-vous dans une monarchie héréditaire et soyez mon premier sujet. C'est un assez beau rôle à jouer que d'être le second homme de la France et peut-être de l'Europe Tout se justifie alors par l'importance du résultat et ce résultat, vous ne le connaissez pas encore tout entier. Je suis appelé à changer la face du monde ; je le crois du moins. Tenez-vous donc dans un système monarchique héréditaire où tant d'avantages vous sont promis... faites mes volontés, suivez les mêmes idées que moi ; ne flattez pas les patriotes quand je les repousse ; n'éloignez pas les nobles quand je les attire... Soyez prince enfin, et ne vous effrayez pas des conséquences de ce titre. Quand vous me succéderez, vous reviendrez, si vous voulez, à vos idées favorites. Je ne serai plus.

« A ces conditions, conclue-t-il, nous vivrons bien ensemble et je veux bien vous dire encore que le troisième parti est celui que je désire que vous adop-

tiez, quoique, à la rigueur, je puisse n'accommoder du premier ; mais je ne vous laisserai pas suivre le second. Vous m'avez entendu. »

Joseph n'avait nulle intention d'abandonner ce qu'il tenait et de prouver, par sa retraite, son absence d'ambition et ses goûts champêtres. Mis au pied du mur, il se déclara prêt à se conformer entièrement aux vues de l'Empereur, et faisant bonne mine à mauvais jeu, il parut se soumettre.

Dans la famille, Louis était resté hors de cette discussion; mais les sœurs, surtout Caroline, enragées du manteau à porter, avaient de leur mieux excité Joseph, l'avaient poussé en avant et comptaient sur sa bravoure. A la suite, elles se replièrent, même M""" Mu rat qui à ce moment avait agacé l'Empereur au point qu'il disait : « Avec elle, il faut que je me mette toujours en bataille rangée; pour faire entendre mes vues à une petite femme de ma famille, il faudrait que je lui fasse des discours aussi longs qu'au Sénat ou au Conseil d'État. » Battue sur la question du manteau, ne voyant plus jour à obtenir par Joseph ce qu'elle souhaitait, elle chercha d'autres protecteurs plus puissants ou mieux écoutés, et, se retournant délibérément, elle employa des moyens auxquels les hommes résistent peu.

De tous côtés, on se prépara donc pour le Sacre : et ce n'étaient pas seulement les costumes à décider, à tailler, à broder pour les princesses, c'étaient leurs Maisons d'honneur à nommer, les charges de toute

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