‹ Napoleon et sa familleChapitre 16 sur 168 · MURAT. — DESIR DE CONGÉ · texte numérisé non relu

MURAT. — DESIR DE CONGÉ

imminente, puisque Bonaparte voulait que la Constitution fût envoyée à Milan dans la première décade de vendémiaire an X (octobre 1801) et, comme des troubles pouvaient s'ensuivre, il eût paru hors de propos à tout autre que Murât de choisir ce moment pour s'absenter : mais Paris l'attirait si puissamment qu'il n'y résista point. « Mon général, écrit-il à Napoléon, ma femme doit partir pour Paris avant le mauvais temps ; elle vient faire ses couches à Paris ; je crains de l'exposer seule en voyage avec Achille : permettezmoi de l'accompagner. Je ne reste que huit jours et je repars. Ne me refusez pas cette grâce ; j'ai besoin de vous voir. Achille est charmant : j'espère que vous l'aimerez autant que nous ; répondez-moi un oui ou un non, mais je vous déclare qu'un non me ferait de la peine. » En même temps qu'il écrit au Premier Consul, il s'adresse à Joseph, si intéressé, croit-il, dans la nouvelle combinaison : « Je t'en prie, lui dit-il, mande-moi où vous en êtes de la Constitution. Profite du premier courrier pour m'en informer. Obtiens surtout que je puisse accompagner Caroline. » Le Premier Consul le prenant au mot, lui accorde de conduire sa femme jusqu'au Mont-Cenis, mais lui refuse d'abord de pousser jusqu'à Paris. Murât fait donc le voyage et retourne tristemenent à Milan ; mais le Premier Consul se ravise : c'est à Lyon qu'il décide de réunir la Consulte Cisalpine ; dès lors il n'a plus de raison pour ne pas permettre à son beau-frère, à la fin de brumaire (milieu de novembre) de passer quelque temps à Pans.

Murât arrive donc : il n'a point à se plaindre de sa campagne, et en voici les fruits: le 24 frimaire (15 décembre) il achète moyennant 470.000 francs de principal outre les charges, la terre de la Motte Saint-Héraye (arrondissement de Melle), rapportant 32.000 francs de revenu net annuel. Les vicomtes de Thouars la possédaient en 1380; d'eux, elle a passé aux Melun pour qui elle fut érigée en baronnie par Louis XI, puis aux Vivonne, aux Laval, aux Saint-Gelais, aux Montmorency, aux Bandeau de Parabère pour qui elle est devenue marquisat en 1633 ; puis, de là, aux Montaut, aux d'Artaguiette et aux Carvoisin. C'est d'un Carvoisin que Murât achète sur les indications de son secrétaire de confiance, l'homme qui, avec Agar, a été le plus avant dans sa confiance. Aymé (plus tard le baron de la Ghevrelière) qui est de Melle et qui se connaît en placements.

Ce n'est pas tout : le 22 nivôse (12 janvier 1802), il achète à Paris, moyennant une somme qui passe 500.000 francs, le magnifique hôtel Thélusson, bâti en 1780, par l'architecte Ledoux et occupant l'espace compris entre la rue de la Victoire et la rue de Provence. L'hôtel a son entrée principale, rue de Provence, par une grande arcade d'oii l'on voit la rue Cérutli (rueLaffitte) juqu'au boulevard. Les voitures, passant sous une grande arcade qui fait une des curiosités de Paris, suivent deux chaussées établies aux deux côtés de la partie basse du jardin et, entrant sous l'hôtel même, déposent les visiteurs à couvert au pied du grand escalier; puis, de là, se rendent aux

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