MURAT. — SES PROPRIÉTÉS 5J
remises et aux écuries qui sortent sur la rue de la Victoire. On monte cet escalier, qui, comme il sied dans un palais, s'élance droit, uniquement coupé par deux paliers et l'on se trouve aux appartements de réception : deux vastes antichambres, deux immenses salons, une salle de concert, une bibliothèque, une galerie, une grande salle à manger, — puis des chambres, des cabinets de travail, les appartements intimes. Des salons, l'on sort sur une terrasse ornée de statues, d'orangers et de fleurs, d'oij deux rampes d'escalier en pierre descendent au jardin. Supportée par une masse de rochers, celte terrasse s'arrondit audevant du salon principal qui dépasse en un avantcorps soutenu par huit colonnes corinthiennes. C'est l'hôtel le plus élégant et le plus recherché de Paris, digne de ce Thélusson associé de Necker, qui laissa, dit-on plus de vingt millions de fortune et dont le frère, établi à Londres et bien plus riche encore, a fait souche de barons et pairs du Royaume-Uni.
Voilà la terre et l'hôtel ; mais il faut la maison de campagne. Murât possède déjà à Villiers une partie de la propriété de M"® veuve de Bullion qu'il a achetée en l'an VIII et achevé de payer en thermidor an IX , mais le 22 ventôse an X {13 mars 1802) il la complète en y joignant moyennant 153.362 fr. 84 la portion principale.
Ainsi en trois mois de congé , Murât emploie plus de 1.200.000 francs rien qu'à ces achats : de plus, il profite du mariage de Louis pour faire bénir religieusement son propre mariage avec Caroline, et quand.
5i KAI'OLÉON ET SA FAMILLE
de Lyon où il a accompagné le Premier Consul, il repart pour son quartier général à Milan, il fait régler que, outre son traitement de général en chef, (40.000 francs) h recevra 30.000 francs par mois pour ses dépenses extraordinaires et qu'il sera logé dans un palais national.
L'on ne saurait dire qu'il ait perdu son temps.
Tous les Bonaparte, sauf Bacciochi, ont donc fait fortune ou sont en train ; un seul, qui n'a pas un sol vaillant, mangerait à belles dents blanches tout ce que les autres ont récolté : c'est Jérôme.
A son retour d'Italie où il s'est fort plu à jouer au petit général dans l'état-major de son frère, Jérôme avait été au débotté, le 27 frimaire an VI (17 décembre 1797) conduit au collège de Juilly, rouvert deux ans auparavant par le père Prioleau sous le nom d'école secondaire, et déjà remonté à sa réputation ancienne. Duphot et Muiron y ont été élevés, et, peut-être, l'amitié que Napoléon portait à Muiron l'a déterminé à confier son frère aux anciens maîtres de son aide de camp préféré. Plusieurs des Beauharnais y ont reçu leur éducation, et c'est encore un motif; mais il en est un supérieur : la discipline fort sévère qui y est établie et où le martinet n'est pas oublié pour obtenir des élèves obéissance et application. Or, Jérôme a grand besoin de réparer le temps perdu et de marcher vite, car, en ce temps, l'on était pressé pour vivre.
Napoléon s'est inscrit comme correspondant et