‹ Napoleon et sa familleChapitre 161 sur 168 · ÉLISA. PAULETTE. — LEURS MAISONS · texte numérisé non relu

ÉLISA. PAULETTE. — LEURS MAISONS

Telle quelle, cette maison représentera encore et avec ses 240.000 francs de traitement, ses 120.000 de gratification annuelle, les 24.000 francs que Bacciochi a de la Cassette et les 23.000 francs qu'il touche comme sénateur depuis le 8 frimaire (29 novembre) , Élisa pourra faire figure.

Mais, trop tard venue, à ce qu'il semble, Paulette n'aura pour ainsi dire personne pour l'escorter et point de premier officier pour soutenir la queue de son manteau tandis qu'elle-même rendra, sans enthousiasme, un pareil service à sa belle-sœur. Elle a visé trop au grand et a eu l'imprudence de faire proposer la place de son premier chambellan à M. de la Rochefoucauld-Doudeauville. Elle l'a rencontré à Rome ; il a été plein de grâces pour la femme, plein d'égards pour la princesse, mais c'était alors la princesse Borghèse et, d'être poli pour une égale à entrer au service d'une Altesse Impériale, il y a loin, Paulette éprouva donc un refus dont d'ailleurs elle ne tint point rancune. A défaut d'un grand nom, elle se rabattit plus tard sur un habile homme, M. Louis Marquet de Montbreton, qu'elle avait connu, étant M""" Leclerc, parce qu'il habitait, aux environs de Montgobert, sa terre de Gorcy, près de Villers-Gotterets. Ces Marquet étaient gens de finance qui, pour leur argent, avaient eu d'assez belles alliances et s'étaient même apparentés aux Brienne. Marquet de Montbreton, frère de Marquet de Norvins qui, comme secrétaire intime, avait accompagné Leclerc à Saint-Domingue, était aimable, facile à vivre, plein de vivacité et de gaîté

joyeuse, et possédait tous ces genres de talents qui font l'homme agréable dans une petite cour ; il fit le premier écuyer, et après avoir bien attendu pour un chambellan, Paulette, juste, mit la main sur l'oiseau rare : un nom aussi beau que la Rochefoucauld et auquel nul n'avait pensé jusque-là ; rien moins qu'un Clermont-Tonnerre, et le chef de la maison, et un ci-devant duc, et si pauvre, après ses campagnes comme volontaire noble à l'Armée de Condé, qu'il dut louer à la friperie son premier habit de cour et qu'il continua fort longtemps à emprunter de tels habits aux petites gens qui en avaient plusieurs. Point attristé, d'ailleurs, par ses revers, « excellant dans le calembour, faisant le jeu de mots avec un rare talent » et disposé à se prêter à tout pourvu qu'on lui rendît ses biens.

Ce ne fut au reste qu'en thermidor et fructidor an XIII (juillet et août 1803) que ces nominations furent faites.

Caroline était enceinte de cinq mois, mais elle avait une façon à elle de conduire ses grossesses et les machines infernales, les passages du MontCenis, les voyages de 400 lieues, la neige, la pluie et le vent, ne faisaient qu'y servir. Comme elle tenait, à ce moment, à se rétablir dans l'esprit de l'Impératrice, elle reçut d'elle toute sa maison : son aumônier, M. de Barrai, évêque de Meaux, dont la mère était Beauharnais ; sa dame d'honneur, M™® Claude de Beauharnais, née Fortin-Duplessis, quasi bellesœur de Joséphine ; une au moins de ses dames pour

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