‹ Napoleon et sa familleChapitre 162 sur 168 · LE SACRE · texte numérisé non relu

LE SACRE

accompagner, M™^ Carra-Saint-Gyr, née Pouchot, que Joséphine avait fort connue comme x\I"° Aubert- Dubayet; et enfin son écuyer, M. de Gambis, fils de celte M"® de Gambis, née Bom'et de Valleroche, qui avait été si avant dans la société du Directoire et dans l'intimité de Joséphine. Mais elle réserva une place de dame, à une personne qui joua, semble-t-il, le grand rôle dans sa vie, soit qu'elle se mêlât, comme on a dit, de diriger sa conduite, soit qu'elle se contentât, comme il est probable, d'en recevoir la confidence et d'y porter ses conseils ; c'était M"° Adélaïde de la Grange, qu'on avait damée à son entrée dans la Maison. Son frère aîné avait été longtemps aide de camp de Murât; son second frère le restera jusqu'à la fin ; sa sœur épousera l'écuyer, M. de Gambis ; en fait, toute la maison est dans sa main ; elle est la seule qui compte et qui, au milieu de ces êtres médiocres etelTacés dont Joséphine avait des pannerées à fournir, garde un caractère et marque une volonté.

Tout cela s'est fait vite, sans assez de préparation, ni de connaissance ; on s'est trompé à des noms usurpés ; on a placé sur le même pied et à égalité — bien heureux encore si l'on n'a point inversé les rangs — des gens titrés, de ceux qui étaient cousins du roi et des gens de finance, décrassés d'hier par l'achat d'une savonnette ; au-dessous de bourgeoises qui eussent servi de modèles à Picard et qui, avec leurs airs de pruderie guindée, semblent poissées encore de leurs confitures de ménage, on a mis des dames à noms illustres

et glorieux qui jadis eussent passé les premières dans la Maison de la Reine et qui se fussent assises devant le Roi. Quelque désirqu'on ait eu d'apprendre, l'on ne sait pas. Cela manque dégoût, parce que cela manque de choix. Par suite, au moment du Sacre, impossible que les choses et les êtres n'aient point quelque air improvisé. Tout l'est : l'Empire et l'Empereur, les princes elles princesses ; et, à mesure que se multiplient les personnages, le défaut s'accuse davantage. Mais c'est déjà beaucoup, c'est tout même que, en travestissant ainsi tant de gens et en les donnant en spectacle à Paris, à la France et au monde, on ait évité le ridicule. Pour en trouver, pour donner à rire aux émigrés à l'intérieur, il faut que quelque rallié se plaisant aux menlcries, fasse, comme Fontanes, les honneurs de sa personne aux dépens de la vérité; qu'il se vante d'avoir lui, président du Corps législatif, « monté en bas de soie et culotte courte un cheval fougueux qui a pensé le jeter vingt fois dans la boue, » alors qu'il était assis dans un bon carrosse avec escorte devant et derrière. Les petites fautes contre l'étiquette, les sottises de la porte, les gamineries des estrades, les princesses lâchant le manteau de Joséphine au moment où elle monte au grand trône de façon qu'elle manque tomber en arrière entraînée par le poids ; l'Empereur, dans le passage à l'église, frappant du sceptre dans le dos de Fesch pour l'appeler, tout ce qui est médiocre, mesquin et vil, s'efïace devant la splendeur de cette fortune parvenue à l'apogée ; tout bruit discordant est étoutTé dans

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