‹ Napoleon et sa familleChapitre 18 sur 168 · JEROME. — SON EDUCATION · texte numérisé non relu

JEROME. — SON EDUCATION

répondant de son frère sur le registre d'entrée : « S'adresser au général Bonaparte et à son épouse, rue Chantereine, n° 6. » Il a donc assumé sa tutelle, et avant de partir pour l'Egypte, il a voulu voir par lui-même comme l'enfant était traité. Il est venu à Juilly, a visité attentivement le réfectoire, les dortoirs, les salles d'étude, et il a emporté de belles promesses de Jérôme. Jérôme les a tenues; car il est intelligent et aimable et veut primer. Seulement, après le départ de Napoléon, il s'est trouvé fort négligé, et, bien qu'il ait eu le prix d'honneur en floréal an YII (2o avril 1799) — ce qu'on appellerait le prix de Pâques — personne ne vient le voir, ne s'inquiète de lui, et il réclame, le pauvre petit, aussi bien des culottes que des modèles de dessin.

En vendémiaire an VIII (fin septembre 1799), il est encore en vacances lorsque Napoléon débarque à Fréjus; et, comme enfant gâté du grand frère, il profite de son retour pour ne pas rentrer au collège. Avec ses quinze ans, l'extrême faiblesse que lui marque Joséphine qu'il sait amuser et égayer, sa charmante figure , sa désinvolture précoce , il ne peut manquer de s'émanciper. Ses frères, Joseph et Lucien, blâment d'autant plus cette libre éducation que Joséphine y préside : « Il est essentiel, écrit Joseph à Napoléon pendant la campagne de Marengo, que tu donnes à Jérôme un surveillant pendant ton absence. Il faut, pour cela, que tu écrives un mot, car il s'appuie sur ta volonté pour ne pas quitter Malmaison. » Napoléon n'envoie point le mot et

laisse, si l'on peut dire, Jérôme aux mains des femmes. Ce séjour, dans le salon de sa belle-sœur, a répandu sur toute sa vie un parfum d'élégance et comme une odeur de femme : non seulement il a aimé les femmes, ce qui est commun, mais il a su leur parler et leur plaire : il a eu avec tous, même les hommes, des façons de politesse qui n'étaient pas apprises, un accueil qui ne laissait personne indifférent, une séduction qui s'exerçait même sur les plus prévenus, et une prodigalité qui montrait comme il avait profité des leçons de son institutrice. Un jour, il s'échappe des Tuileries, passe rue Honoré, entre chez Bieiinais, demande à voir des nécessaires, en trouve un à son goût : « Envoyez cela au Palais du Gouvernement. L'aide de camp de service paiera. » Duroc croit que le nécessaire a été acheté par le Consul, paie, et, le lendemain, à l'ordre, présente la facture : 16.000 francs. Enquête faite, c'est Jérôme l'acheteur. Au dîner, Bonaparte prend le gamin par les deux oreilles : « C'est donc vous. Monsieur, qui vous permettez d'acheter des nécessaires de 16.000 francs. — Ah 1 moi, répond Jérôme, je n'aime que les belles choses 1 » Napoléon rit, et Jérôme garde le nécessaire. Il est tant d'exemples de ces gâteries de Napoléon qu'on ne saurait les donner tous. Au retour de Marengo , Jérôme boude : le Consul a emmené Eugène, cet insupportable Eugène qu'on présente sans cesse à Jérôme comme un modèle, et il a refusé de l'emmener, lui, son frère. A son arrivée, Bonaparte le demande, il arrive à la fin, grogne, refuse

Page 1