CONSULTE DE LYON 7S
réceptions, raugmentation de la Garde, les commandants qu'elle reçoit, les uniformes dont elle est parée, tout ce qui se passe aux Tuileries, annonce la formation d'une cour, le progrès de l'idée monarchique, la transformation de la magistrature temporaire dont Bonaparte est revêtu en une sorte de dictature viagère.
S'il est besoin qu'il fournisse de ses intentions une indication plus précise encore, ne la donne-t-il point lorsque, tout de suite après le mariage de Louis, il vient à Lyon se faire conférer par la Consulte cisalpine le titre, la dignité et le pouvoir de président de la République italienne ?
Mais il n'en va pas en France comme en Italie : en Italie, la Constitution qu'ont souhaitée les patriotes les plus instruits et les plus intègres, a pour objet principal, unique peut-on dire, qu'il y ait une Italie. Lorsque, à la Consulte de Lyon, on lit l'intitulé de la Constitution cisalpine : a Italienne ! Italienne! » jette une voix inconnue et, de banc en banc, le cri court dans une acclamation. Pour la première fois, la nation s'affirme ; mais encore faut-il que, dans un moule unique que chauffera l'unique fondeur, soient jetés les royaumes, les principautés, les duchés, les fiefs, les républiques à forme olig-archique ou démocratique, tous ces débris d'États dont il faut faire une patrie. Cette division à l'infini qui crée l'impuissance; cette rivalité continuelle qui cause la ruine ; cette diversité de lois, de monnaies, de mesures, de patoi/
qui empêche qu'on s'approche, qu'on s'unisse, qu'on commerce, qu'on s'entende, c'est cela d'abord, avant tout, qu'il faut abolir. C'est pourquoi, rejetant hautement la forme fédérative que les Français croient toujours, à priori, la mieux adaptée au tempérament italien parce qu'ils voient le passé et ne veulent pas regarder l'avenir, les hommes d'Etat, les patriotes cisalpins, voulant d'abc rd faire une nation, veulent d'abord un Etat centralisé — république ou monarchie, peu leur importe — mais où, sous une main ferme, s'éteignent les hostilités, se brisent les angles, se fondent les patriotismes locaux, par qui l'esprit de clocher se sublime en un esprit national.
Cette union faite, périsse, après douze années, Napoléon qui en aura été l'auteur ; périsse la forme gouvernementale qu'il aura donnée à l'Italie, forme la plus parfaite sans doute qu'ait reçue un Etat moderne ; périsse l'armée qu'il aura créée et instruite ; périsse le drapeau où, pour symbole de l'alliance nouée à jamais entre les deux nations, il a imposé sa couleur entre les couleurs françaises : il n'imporle : l'Italie renaîtra. Elle renaîtra par les lois, par les institutions, par l'esprit d'unité que Napoléon lui a soufflé au visage; et ce jour-là, c'est du drapeau napoléonien qu'elle s'enveloppera, affirmant ainsi — ■ consciente ou non — que seule l'Idée napoléonienne a inspiré, éclairé, guidé son relèvement et procuré sa résurrection.
Mais, en Italie, cette minorité infime qui a charge et qui s'est donné mission pour le peuple entier, est