L'OPPOSITION
L'Institut est le cerveau. C'est le seul corps constitué non épuré ou transformé en Brumaire ; le seul qui ayant conservé son organisation de l'an IV, ait encore son personnel du Directoire ; il ne se met point en avant, mais il imagine l'opposition, l'élabore, l'insufde au Sénat qui cherche l'opportunité et choisit le terrain. La plupart des sénateurs disposés à l'opposition sont de l'Institut. Rien de plus naturel donc que l'action d'une des assemblées sur l'autre, mais l'Institut dirige.
Le Tribunat est la voix ; le Corps législatif agit, de la façon au moins qu'il peut agir, par un vote muet; les militaires sont en réserve, mais on compte qu'ils donneront la force.
Il est d'autres oppositions, dans le Conseil d'Etat, dans le ministère même ; mais, au Conseil d'Etat, le Premier Consul soufTre, accepte, provoque même la discussion; avec les ministres, plus encore. Cela se passe à huis clos, hors de la vue et des oreilles du public ; cela est pour le bien de la chose et on n'y conteste point les grandes lignes. Tant qu'elle demeure en quelque sorte privée et qu'elle est loyale, l'opposition ne l'inquiète ni ne l'irrite. Ce qui l'inquiète, c'est l'opposition sénatoriale qui si facilement peut se tourner en conspiration qu'on ne sait trop, à dire vrai, ce qui l'en sépare; ce qui l'irrite, ce sont les discours au Tribunat et les votes au Corps législatif, mais les discours plus encore : « Je suis soldat, dit-il, enfant de la Révolution ; je ne souffrirai pas qu'on m'insulte comme un roi ! »
8i NAPOLEON ET SA FAMILLE
Certes, Napoléon est trop soldat pour accepter, pour tolérer la contradiction publique ; par tempérament, par éducation et par métier, il doit recevoir comme une insulte toute critique de ses actes de gouvernement; mais a-t-il si grand tort de penser que, contre lui, la partie est liée entre le Sénat, le Tribunat et le Corps législatif, et que, dirigés parle troisième, les deux autres se sont mis d'accord pour rejeter les lois qu'il juge le plus nécessaires et, comme il dit, « empêcher le gouvernement »?
La marche a été graduelle ; dans la session de l'an VIII, le Tribunat n'a rejeté qu'un projet de loi de médiocre importance — sur rétablissement des péages au passage des ponts construits par des particuliers — et encore sous le prétexte, peut être justifié, que la question était administrative, non législative. Le Corps législatif a rejeté seulement le projet de loi sur le Tribunal de cassation, et il l'a adopté ensuite avec quelques modifications dans l'ensemble de l'Organisation judiciaire. Néanmoins, l'opposition s'est comptée : sur des projets aussi importants que celui des contributions, elle est parvenue, au Tribunat, à réunir 40 voix sur 85 votants.
En l'an IX, l'opposition qui, au Tribunat, à chaque scrutin, ne groupe jamais moins de 20 voix contre tout projet du gouvernement, quel qu'il soit, rejette, sur la proposition de Benjamin Constant, par o6 voix contre 30, l'indispensable projet sur la dette publique et les domaines nationaux, et, sans parler du projet de loi sur les archives nationales, de celui sur la