LA SESSION DE L'AN IX
réduction du nombre des moyens de cassation en matière criminelle, elle engage directement la lutte avec le Premier Consul sur le projet créant des tribunaux spéciaux. Ici, c'est l'afTaire personnelle de Napoléon ; c'est sa vie qui est en cause, c'est la sécurité publique qu'il s'agit d'assurer ; c'est la partie saine de la nation qu'il faut défendre contre les brigands. Cette loi, c'est la conséquence fatale de l'attentat de Nivôse. En contester l'opportunité sous prétexte qu'elle contient des mesures d'exception, c'est laisser le champ libre aux assassins, c'est se ranger de leur parti. Au Tribunal, Daunou, Ginguené et Benjamin Constant s'acharnent contre le projet : mais c'est le discours de Daunou avec les insinuations qu'il contient qui irrite le plus le Consul. Il perd patience, il se jette de sa personne dans la mêlée. Dans une audience qu'il donne au Sénat, il dit : « Ils sont douze ou quinze métaphysiciens bons à jeter à l'eau. C'est une vermine que j'ar sur mes habits... Il ne faut pas croire que je me laisserai attaquer comme Louis XVI. » Mais, c'est encore presque à huis clos, ces paroles, il les veut publiques et entendues de tous : dans tous les journaux officieux, il fait encarter une feuille à'Observaùons, sans lieu d'impression ni nom d'imprimeur, qui répandue à un nombre infini d'exemplaires doit porter le débat devant le pays : il flétrit ces hommes dont la fatale influence a présidé à toutes les scènes funestes de la Révolution, et qui sont parvenus jusqu'aux derniers jours « couverts de l'égide de leur divinité tutélaire : la Peur ».
« Ils devaient reparaître quand les gouvernements oppresseurs avaient disparu ; ils reparaissent en effet, enhardis par les illusions les plus grossières et armés de cette métaphysique ténébreuse qui, jadis, fit tour à tour leur succès et leurs infortunes.
« Ils sont douze ou quinze et se croient un parti.
« Déraisonneurs intarissables, ils se disent orateurs.
« Ils débitent depuis cinq à six jours de grands discours qu'ils croient perfides et qui ne sont que ridicules.
« Enfin, au sein d'une société oii les idées et les choses sont remises à leur place, ils se proclament sages et ne s'aperçoivent pas qu'ils sont les seuls insensés
« A qui en veulent-ils ?
« Au Premier Consul.
« On a, il est vrai, lancé contre lui des machines infernales, aiguisé des poignards, suscité des trames impuissantes; ajoutez-y, si vous voulez, les sarcasmes et les suppositions insensées de douze ou quinze nébuleux métaphysiciens. Il opposera à tous ces ennemis le peuple français. »
Le projet de loi passe au Tribunat avec une majorité de 8 voix (49 contre 41) ; au Corps législatif avec une majorité de 404 voix (192 contre 88); mais l'abîme est ouvert ; dans les Observations, il est impossible, même à défaut d'autres indications, de méconnaître la pensée, le style, la griffe du Consul. A sa