L'OPPOSITION MILITAIRE.— BERNADOTTE
des Anglais, quoique, à aucun, il ne se fût trouvé avec les troupes. Son armée était si peu disciplinée que la désertion y vidait les cadres, faisant, en dix jours, perdre ainsi cent cinquante hommes à la 82® demibrigade ; la 31® s'était mise en pleine révolte ; dans la S2®, le chef de brigade Féry avait été assassiné par ses soldats révoltés, mais Bernadotte n'en affectait pas moins de se déclarer hautement satisfait. Tout son but semblait être de se créer des partisans, de faire que son armée fût à lui, devînt entre ses mains un moyen assuré d'arriver au gouvernement si Bonaparte périssait. Il en arrivait à décerner, de son chef, à ses officiers, des armes d'honneur portant cette inscription : Le Conseiller d'Elat, général en chef, Bernadotte au... en récompense de ses services rendus à V armée de r Ouest.
Le Consulat paraissant consolidé, la guerre de l'Ouest, réduite à des assassinats individuels et à des vols de diligence, étant plus affaire de gendarmes que de soldats, l'armée par suite devant bientôt se dissoudre, Bernadotte avait pensé s'assurer un commandement plus important et plus profitable. Venu à Paris en brumaire an IX (octobre 1800), il avait, on l'a vu, été sur le point, grâce à Joseph, d'enlever à Murât le commandement de l'Armée d'Italie ; ayant échoué de ce côté, il n'espérait pas moins un grand commandement « où il pût faire la guerre sur une plus large échelle » et, par Joseph, il comptait obtenir l'Armée de Batavie.
Elle lui échappa encore et il dut retourner en
Bretagne où sa conduite commença à attirer d'une façon particulière l'attention du Consul : au commencement de l'an X, Leclerc se rendant à Brest pour prendre le commandement de l'Armée expéditionnaire s'arrêta quelques heures à Rennes oii était le quartier général de Bernadolte. Il y eut entre eux, malgré la présence de Paulette, une scène des plus vives où Bernadotte reprocha à Leclerc de lui avoir pris Tannée précédente l'Armée de Portugal, de lui prendre à présent l'Armée de Saint-Dominique, n'épargna pas plus Napoléon que Leclerc lui-même. Leclerc se contint : « La conduite de Bernadotte, dit-il à ses aides de camp, regarde exclusivement le Premier Consul, il s'en est réservé l'examen. »
Malgré l'intervention de Joseph, cet examen parut décisif: à la fin de frimaire (décembre 1801), Bernadotte fut rappelé à Paris ; il en fit part à ses soldats dans une proclamation où, leur annonçant en même temps la paix générale, il leur disait : « Que ceux d'entre vous qui vont joindre leurs familles portent au milieu de leurs concitoyens l'exemple des vertus civiles ; ce sont elles qui ont enfanté les prodiges militaires... La paix vous rend à une vie plus douce ; jouissez, dans le repos, du souvenir de vos triomphes et ne perdez jamais de vue que l'élan de la liberté vous a conduits. Vous pouvez conserver votre gloire, il est difficile que vous puissiez l'augmenter... »
Cela avait l'apparence d'une déclaration de guerre; mais, avec la duplicité qui lui est coutumière, Bernadotte, après avoir lancé cette proclamation, courut à