‹ Napoleon et sa familleChapitre 28 sur 168 · L'OPPOSITION MILITAIRE. — BERNADOTTE · texte numérisé non relu

L'OPPOSITION MILITAIRE. — BERNADOTTE

Amiens trouver Joseph, protesta de son innocence, et grâce à son beau-frère — peut-être convaincu — obtint de conserver, durant l'année commencée, le commandement en chef nominal et les appointements. Renseignements reçus, le Premier Consul comprit la faute commise ; il chercha à éloigner Bernadotte, même en lui faisant un pont d'or. Il lui fît oiTrir le commandement en chef à la Guadeloupe avec le titre de capitaine général : « C'est une mission importante et agréable sous tous les points de vue, écrit-il à Joseph V le n nivôse (7 janvier 1802), puisqu'il y a aujourd'hui quelque gloire à acquérir et un grand service à rendre à la République en faisant rentrer pour toujours cette colonie dans l'ordre. Si ceci tente l'ambition de Bernadotte comme il paraît que cela est, il faut que tu me le fasses promptement connaître, car re.\j)édition partira dans pluviôse et ces missions aux colonies sont demandées par les généraux qui ont le plus de réputation. » La Guadeloupe ne plaît pas à Bernadotte : le Premier Consul offre la Louisiane ; mais, avant d'accepter, Bernadotte fait ses conditions : il emmènera, outre trois mille soldats, un pareil nombre de cultivateurs et il sera d'ailleurs pourvu de tout ce qui est nécessaire dans unéloignement qui peut l'empêcher pendant un temps plus ou moins long, de communiquer avec la métropole. « Je n'en ferais pas autant pour un de mes frères, » répond Bonaparte, et il nomme à la Louisiane le général Victor.

Au fait, Bernadotte ne veut pas s'éloigner ; il ne veut pas perdre le commandement nominal qui lui donne

la supériorité sur tous les généraux non employés. Il a beau écrire à Joseph : « Paris est une caverne où ont abouti tous les égouts du crime, mettez-moi, je vous en conjure, à même d'en sortir d'une manière honorable ; » il s'entend à miracle à décliner les propositions, à longer la courroie, à se faire marchander, cherchant comme en Brumaire qui le paiera davantage, en relations avec les sénateurs, en confiance par M°® de Staël avec les tribuns, en coquetterie par M™® Récamier avec les banquiers, en fraternité avec Joseph. Il connaît son Armée de l'Ouest, elle n'est point à dix marches de Paris: peu s'en faut que les officiers subalternes ne soient dans l'état d'esprit qui permet le prominciamento du chef. Tant qu'ils se tiendront assurés de leur grade et de leur solde, rien à craindre d'eux; mais que leur état se trouve compromis, que la non-activité les menace, ce sont des recrues toutes préparées à celui qui, étant le chef, exerçant sur eux ce prestige, leur promettra la conservation de leurs emplois. Et si, à ces soldats de l'Armée du Rhin qui se disent sacrifiés, à qui la solde n'a pas été align„ée depuis trois ans, on fait espérer les avantages qu'ont obtenus, dit-on, les soldats de l'Armée d'Italie ; si surtout à tous ces corps destinés aux expéditions lointaines, on garantit qu'ils ne quitteront pas la France, qui peut affirmer qu'ils ne se laisseront pas séduire? Bonaparte vivant, ils hésiteront peut-être; mais, Bonaparte disparu d'une façon quelconque, ils n'hésiteront pas. Bien fou serait Bernadotte s'il rompait volontairement le lien qui

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