‹ Napoleon et sa familleChapitre 3 sur 168 · MADAME BONAPARTE, LA MÈRE · texte numérisé non relu

MADAME BONAPARTE, LA MÈRE

souvent imaginaires. En germinal (avril 1801), son frère qui jusque-là lui a tenu fidèle compagnie est impérieusement appelé par ses affaires en Corse où il est devenu l'un des grands propriétaires terriens. Aussi, en messidor (juin), se décide-t-elle à accompagner, à Plombières, Joséphine avec qui elle est politiquement réconciliée et qui ménage en elle la mère de Louis. De Plombières, elle va à Vichy faire une saison, revient à l'automne à Paris et s'y tient. Malmaison ne l'attire guère à cause des Beauharnais, et Mortefontaine l'intimide par la société qu'on y reçoit : elle n'y paraît donc guère qu'aux jours de famille et passe son temps à Paris où, bien que n'ayant point de prétentions à diriger la politique, elle ne manque point d'affaires par le nombre de protégés qu'elle s'ingénie à placer : cousins, petits parents et amis de Corse. Pour eux, elle sait fort bien écrire de style impératif aux divers ministres et, si l'on tarde à la satisfaire, elle tourne ses lettres de rappel d'un ton qui ne souffre ni n'admet la réplique.

La Corse est sa chose ; les Corses sont ses gens ; on ne fait rien pour eux ; on est ingrat. A quoi pense Napoléon de ne point appeler de là-bas le clan entier pour s'en entourer ? Mais, dès Toulon, il était ainsi : il rudoyait Costa, il n'admettait point qu'on lui parlât corse. Elle, au moins, est restée fidèle au passé et puisqu'on n'avance point ses Corses à son gré, elle prend en main leur cause. Qui vient de l'Ile sur le Continent et y cherche une place est assuré de trouver en M™^ Letizia une protectrice fort zélée — pourvu

toutefois qu'il soit du bon parti ; car, à Paris, en l'hôtel Hocquart, elle est resiée d'Ajaccio contre Bastia, elle tient toujours aux factions anciennes ; elle n'a rien oublié, rien pardonné, ni rien appris.

On a suivi la montée de Joseph : elle a été singulièrement rapide. Dès les premiers jours oii Bonaparte gouverne, Joseph est associé à toutes les grandes opérations de la paix : avec les Etats-Unis, avec l'Empereur, avec le Pape, avec l'Angleterre ; partout revient ce Joseph Bonaparte, conseiller d'Etat, et, outre la gloire qu'il en tire, les profits ne sont pas médiocres, car, en ce temps, on fait fortune à signer des traités ^ Mais Joseph ne semble point rechercher ces occasions ; chaque fois que le Premier Consul le désigne, c'est une contrainte qu'il paraît exercer, et c'est comme une faveur que Joseph accorde en acceptant. Il condescend, par unique bonté d'âme et pour tirer son cadet d'embarras, à se charger de besoignes inférieures et qui ne sont point au pair de son mérite : car il est né pour la première place. Napoléon l'occupe, soit, Joseph consent à la lui laisser, parce que c'est en France ; mais il ne se considère pas moins, vis-à-vis de Napoléon, comme le supérieur, à titre d'aîné et de chef de famille. Napoléon a le fait; mais lui, Joseph, a le droit

' Exemple : Après le traité d'Amiens, Joseph a eu de la Hollande seule un présent diplomatique de dOÛ.OOO francs. Van der Goes s'était engagé à lui remettre ôOO.OOO francs si la Hollande obtenait, à la paix générale, certains avantages territoriaux.

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