‹ Napoleon et sa familleChapitre 4 sur 168 · JOSEPH · texte numérisé non relu

JOSEPH

et, des Bonaparte, quoi qu'il advienne, c'est lui le premier.

Ce droit d'aînesse, Napoléon le supporte plus impatiemment à proportion qu'il monte, mais il le subit et le reconnaît. Par lui, le cadet, tout doit venir à Joseph, « le fils de la poule blanche ». C'est vis-à-vis de Joseph que sont les devoirs, c'est lui qui recueille les biens amassés et qui en fait la répartition, qui règle les intérêts et distribue les prébendes, tout vient naturellement en ses mains et c'est à lui qu'on s'adresse.

D'ailleurs, à l'égard de Napoléon, Joseph ne se met point, lui, dans de mauvais cas, comme fait Lucien. Il n'a point de boutades, il souffre peu du besoin de s'épancher ; il paraît froid, il semble calme, il choisit ses confidents, les garde et se les attache. Ceux-ci savent seuls les secrètes ambitions qu'il dissimule et peuvent deviner jusqu'oii il les porte. Tout le reste du monde, devant ses airs d'indifférence dégagée, demeure convaincu que c'est ici un homme modeste, sans nul désir du pouvoir, heureux d'une sorte d'obscurité et ne cherchant que les délices de la campagne avec les agréments d'une société d'élite.

Sans doute, la campagne qu'il faut à cet homme modeste n'est point médiocre ni banale. Chaque jour presque, elle s'arrondit : fermes, biens nationaux ou patrimoniaux, forêts, prés, jachères, ce qui s'achète ou s'échange, tout ce qui l'entoure vient accroître le domaine. Et c'est une pareille folie d'embellissements :

or, comme rien ne s'y prête mieux que le Grandi et le Petit Parc, ce sont constamment des nouveautés 'liiltoresques, temples, obélisques, souterrains, ponts, bàrraques, granges^ tours, belvédères, montagnes même ; et comme il y a là, presque à demeure, Arnault, Gasti, Andrieux, Boufflers et Fontanes, et qu'il ne manque point de rimailleurs à la suite, chaque fabrique, chaque fontaine, chaque rocher, reçoit son inscription latine, française ou italienne, toujours célébrant les délices de la campagne, les bienfaits de l'obscurité et les jouissances d'une âme pure.

A Paris, l'homme modeste a trouvé trop médiocre aussi l'hôtel de la rue d'Errancis : vilain quartier, maison d'impure, fî ! D'ailleurs cela n'a coûté en l'an YI que 60.000 francs ; on y a dépensé, il est vrai, avant d'y entrer 28.000 francs, et à présent, cela revient à loO, mais qu'on en donne 120, c'est marché fait. Joseph n'a point attendu qu'il ait trouvé un amateur : à l'audience des criées du tribunal de la Seine, le 19 thermidor an IX (7 août 1801), il a acquis le magnifique hôtel construit en 1717 par Blouin, le valet de chambre de Louis XIV, sur un terrain, jadis en marais, acheté en commun avec la fille de Mignard, la comtesse de Feuquières, de M. Davy de la Faultrière, seigneur de la Gilquinière, maître ordinaire de la Ghambre des Gomptes. De Blouin, l'hôtel est passé à M. Davane de Saint- Amarand et, de lui aux époux Michel. Ges Michel, enrichis par la finance et décrassés par une charge

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