LE RENOUVELLEMENT DU CINQUIÈME
Corps législatif et du Tribunal ait lieu dans l'an X et nous touchons au quatrième mois de celte année. Les Consuls ont cru devoir appeler voire altenlion sur celle circonstance. Votre sagesse y trouvera la nécessité de vous occuper sans délai des opérations qui doivent précéder ce renouvellement. »
Les législateurs pourront s'étonner qu'on choisisse le milieu delà session pour renouveler le premier cinquième dont le mandat a encore huit mois à courir, mais si ce n'est point l'esprit, c'est la lettre de la Constitution qu'invoque Bonaparte : il n'y a rien à répondre.
Reste à fixer le mode de renouvellement : le procédé le plus simple, c'est sans doute l'élimination du cinquième par le tirage au sort ; mais le sort peut frapper aussi bien les amis que les ennemis. Il est un autre procédé qui consiste à désigner individuellement les membres sortants; c'est celui qui a été employé au 19 brumaire, c'est celui qu'on adopte; mais on le modifie suivant la procédure décrétée par la Convenlion le 5 fructidor an III pour la réélection des deux tiers de ses membres. Tous les membres du Corps législatif et du Tribunal sont soumis à la réélection ; les quatre cinquièmes des nouvelles Assemblées seront pris dans les anciennes ; les législateurs qui ne seront pas réélus seront naturellement exclus. C'est moins net, moins hardi, tout aussi illégal, peut-être moins justifiable que l'acte de Brumaire; mais le coup d'Etal est rendu nécessaire par ce fait que nul des pouvoirs conslitués n'est revèlu du droit de dissolution et, en réalité, c'est la dissolution qu'on pro-
nonce avec réserve des quatre cinquièmes. De ce coup d'Élat on donne la responsabilité au Sénat, investi par la Constitution des fonctions du grand électeur, et, en même temps qu'on élimine les plus compromis, on se réserve de marchander les autres, qu'on ne reprendra qu'après des engagements ou tout le moins des déclarations.
Tout de suite, le Sénat se met à l'œuvre et scrutine. Il faut des ballottages à l'infini, car il s'agit de quatre cents noms; il s'agit de se mettre d'accord sur vingt tribuns, soixante législateurs à écarter et à remplacer. Il pleut des candidatures et autour de chacune des brigues s'organisent. La place de tribun est bonne, elle rapporte 15 000 francs; celle de législateur, 10 000 : cela est enviable. On se refuse d'autant plus à les perdre que, d'ailleurs, on a moins de ressources; le personnel du Corps législatif et du Tribunat est étrange : beaucoup de prêtres défroqués, d'anciens conventionnels obscurs; puis des employés des ci-devant commissions révolutionnaires, du bas monde anonyme qui a manqué les occasions de se garnir les mains ou qui même est honnête. Tous sont habitués à la dépense, à une sorte d'existence aisée ; depuis dix ans ils vivent à sauver le peuple et c'est un métier qui ne nourrit son homme que dans l'industrie publique. La preuve? Des éliminés du Consulat, des opposants de l'anX, qui, sous l'Empire n'a point sollicité un emploi ou mendié un secours? L'intrigue autour du Sénat est d'autant plus vive que le corps électoral est plus restreint et, lorsque le