RETOUR DE LYON
41 pluviôse (31 janvier), le Premier Consul revient de Lyon où, pour la première fois, sa femme a, dans des fêtes oflicielles et publiques, reçu des honneurs particuliers, pris un rang spécial, vu son nom imprimé dans le Mo}iiteu)\ il trouve l'usine en plein travail, les sénateurs absorbés par les sollicitations et convaincus de Timportance de leur tâche, les membres du Corps législatif et du Tribunat d'autant plus inquiets de leur réélection qu'ils n'ont que cela à penser, tous les projets de loi ayant été retirés et leur oisiveté leur faisant mieux sentir le néant oi!i ils vont retomber. Aussi, tous ces corps, un mois auparavant si pleins d'arrog-aiice et si gonflés de l'esprit de faction, s'empressent à lui porter l'hommage de leur respect et de leur dévouement, à le féliciter d'une nomination qui ne peut être qu'un acheminement vers le Consulat à vie : l'orateur du Corps législatif s'emporte en lyrisme : « Gloire à celui qui doit autant de conquêtes à l'amour de ses vertus qu'à la terreur de ses armes, qui sait gouverner comme il a su vaincre et dont chaque pensée prépare et chaque action réalise un bienfait pour l'humanité! Heureuse aussi la France sur qui rejaillit la gloire du magistrat qui préside à ses brillantes destinées ! »
Lucien, dont l'élection au Tribunat semble à Napoléon indispensable aux combinaisons ultérieures, mais dont la nomination par le Sénat ne doit être officieusement connue que le 18 ventôse (9 mars), ne perd point son temps, et depuis qu'il s'est associé aux pro-
jets de son frère, s'est donné pour mission d'éclairer et de diriger l'esprit public. Sans doute il a d'autres journaux que le Mercure de France qu'il inspire et où il collabore, mais tout est anonyme et par suite incertain, et, pour juger de la façon dont il se conduit ailleurs, cet exemple suffît.
Un drame d'Alexandre Duval, Edouard en Ecosse^ protégé par Maret, autorisé par Ghaptal, a été joué aux Français et, dès la première représentation, a fait émeute par l'enthousiasme des émigrés rentrés. A la seconde, où le Consul a voulu assister, les applaudissements ont été plus grands encore, et, parmi les claqueurs, Napoléon a remarqué ce duc de Choiseul auquel il a fait grâce de la vie en Fan VIII et dont, il y a deux mois, il a autorisé le séjour en France. Nul doute; c'est une manifestation royaliste qu'on tire de ces aventures de Charles Edouard. Le Consul coupe court, interdit la pièce et cela fait un gros événement.
Or, dans le Mercure du 3 germinal (26 mars), paraît un article écrit par Ambroise Rendu, corrigé par Fontanes, refait presque en entier de la main de Lucien, ovl non seulement l'interdiction est approuvée, mais où Lucien dit : « Peut-être les Stuarls seraient remontés sur le trône de Charles II s'ils n'eussent marché à la tête des troupes françaises, et c'est par la suite du même crime que les princes français delà Maison de Bourbon sont à jamais expulsés du territoire français. En fomentant la Vendée, en excitant cette révolte de Toulon qui livra aux Anglais une partie de la marine française, en attisant cette affreuse