‹ Napoleon et sa familleChapitre 33 sur 168 · LUCIEN AU TRIBUNAT. — LE CONCORDAT · texte numérisé non relu

LUCIEN AU TRIBUNAT. — LE CONCORDAT

tage en trois sections, et Lucien lui-même est nommé président de la section de l'Intérieur avec Carnot et Girardin pour secrétaires.

Aussitôt, une session extraordinaire du Corps Législatif est indiquée : il faut profiter du moment pour faire passer le Concordat signé depuis sept mois, et qu'on n'a pas encore oser présenter. Le Tribunat, suivant les formes qu'il a adoptées, vote le projet par 78 voix contre 7 et nomme, pour le soutenir, Lucien, Siméon et le protestant Jaucourt. Devant le Corps législatif, Lucien prononce un discours très étudié, divisé en trois parties comme un sermon, où, sauf dans l'exorde et la péroraison, on ne retrouve rien de sa manière, et qu'on dit avoir été très retouché par Fontanes.

Ce n'est ni ce discours ni aucun autre qui enlève le vote : c'est sans doute la paix avec l'Angleterre signée le 5 germinal (26 mars) ; c'est aussi la précision, la netteté, la roideur des Arlicles organiques qui accompagnent le Concordat, qui en sont indivisibles et qui, du moins, donnent quelque satisfaction aux adversaires des théories ultramontaines. Il ne se trouve que 21 opposants ayant le courage d'exprimer un vote négatif : 51 se sont réfugiés dans l'abstention ; 228 suffrages ont été affirmatifs. Ce scrutin suffit à indiquer ce qui se serait produit sans le renouvellement du cinquième et à quel point Cambacércs était dans le vrai lorsqu'il écrivait au Consul que, si le Sénat parvenait à éliminer les chefs de cabale, il ne pourrait pourtant avoir raison de l'opposition entière.

Néanmoins, tel quel, le résultat est acquis. C'est une sorte de victoire^:

Reste à savoir si, battus devant le Parlement, les opposants ne vont point tenter leur revanche par un mode extra-légal et, au coup d'Etat qui les a frappés, répondre par un coup de violence.

Le Premier Consul bien qu'il n'ait point l'air de s'en préoccuper, prend néanmoins ses précautions ; il augmente la Garde consulaire; il la complète par l'institution de la Gendarmerie d'élite, corps dextrème confiance, composé des plus beaux hommes et des meilleurs sujets de la Gendarmerie, placé sous les ordres directs d'un de ses aides de camp et destiné à un service permanent de police et de surveillance autour de sa personne. A la fête du rétablissement du culte, le jour de Pâques (28 germinal, 18 avril^, le public ne voit que les pompes d'étiquette : d'abord l'audience solennelle au Cardinal légat, qui, après avoir été reçu par le Consul, l'est par M™® Bonaparte, laquelle ne bouge de son fauteuil ni pour le recevoir ni pour le reconduire, se lève seulement à son arrivée et à son départ ; puis, l'aller à Notre-Dame, l'étonnant cortège, le premier cortège royal qui traverse Paris depuis la Révolution : voitures à quatre chevaux des conseillers d'État, des ambassadeurs et ministres étrangers, des ministres français; voitures à six chevaux du troisième et du deuxième Consul; enfin, saluée à sa sortie des Tuileries par soixante coups de canon, précédée de six chevaux de main que mènent

COMPLOTS CONTRE NAPOLÉON Itl

des mameluks, entourée par les généraux commandant la Garde et la division et par le premier inspecteur de la Gendarmerie, la voiture à huit chevaux où le Premier Consul est seul, en habit de velours écarlate brodé de palmes en or sur toutes les coutures, un sabre d'Egypte pendu à son côté par un baudrier étroit et du plus beau travail de broderies ; colleté de noir, culotté de noir, chaussé de bas de soie blancs et de souliers à boucles, coiffé d'un chapeau français à grand panache tricolore. Et bien plus encore que la messe célébrée poutificalement, que le Te Deiim de Païsiello pour qui le Conservatoire est réquisitionné et où Sarrette, Méhul et Cherubini se démènent et s'agitent, ce qui étonne le peuple et ravit quelques-uns, ce sont, sur toutes les voitures, les domestiques en livrée ; ce sont les tenues de gala des laquais aux voitures des ambassadeurs; ce sont les livrées jaunes galonnées d'or aux voilures des ministres, bleues et rouges aux voitures de Lebrun et de Cambacérès, vertes à la voiture de Bonaparte. Des livrées ! Oîi est le décret du 19 juin 1790, où la motion tant applaudie de M. de Noailles et de M. de Montmorency, où l'égalité rendue « à la classe sacrifiée des officieux » ?

On voit cela, les livrées — fait plus significatif que les proclamations et les lois, — on en cause, on admire ; on ne voit point combien il a défilé de soldats : hussards, chasseurs à cheval, dragons, les grenadiers, l'infanterie légère, la légion d'élite, les grenadiers à cheval, les Chasseurs à cheval de la Garde ; près des voitures, piquets renforcés d'infante-

rie de ligne el d'infanterie de la Garde, et, dans Notre- Dame, quatre bataillons au grand complet, baïonnette au canon. Pourquoi ? Sans doute pour que, à l'Elévation, les tambours battent aux champs et que les soldats présentent les armes. Mais faut-il quatre bataillons pour ce service? — C'est que l'on a lieu de tout craindre. Depuis l'épuration du Tribunat, « il s'est formé autour du général Bernadotte un parti composé de sénateurs et de généraux qui veulent savoir de lui s'il n'y a pas quelques résolutions à prendre contre l'usurpation qui s'avance à grands pas. Il a proposé divers plans qui se fondaient tous sur une mesure législative quelconque... Mais, pour cette mesure, il fallait une délibération au moins de quelques membres du Sénat, et pas un d'eux n'a osé souscrire un tel acte ». A défaut, l'on s'est arrêté « à l'avis de préparer au Premier Consul l'apothéose de Romulus » ; plus simplement, de l'assassiner à Notre- Dame. Bernadotte est certainement dans l'affaire et si Joseph, à qui son frère a proposé de prendre place à ses côtés durant la cérémonie, comme négociateur des traités avec l'Autriche, l'Angleterre et Rome, décline ce suprême honneur et préfère se confondre au milieu de ses collègues du Conseil d'Etat, n'est-ce pas qu'il est averti? Plus tard, il a cherché à expliquer sa conduite à ses intimes en leur disant que « ces distinctions, ces honneurs n'avaient été qu'un piège tendu par le Consul ; ce que voulait Napoléon, c'était l'offrir, lui, Joseph, à l'envie et à la jalousie des autres Consuls, des ministres et des conseillers d'Etal,

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