‹ Napoleon et sa familleChapitre 35 sur 168 · LE CONSULAT A' VIE 1I · texte numérisé non relu

LE CONSULAT A' VIE 1I

L'opposition du Tribunal et du Corps législatif a donc été domptée par le renouvellement du cinquième; l'opposition militaire, si l'on peut ainsi l'appeler, a perdu sa partie sans même avoir osé la jouer ; — mais, pour arriver au but auquel il aspire, il faut au Premier Consul le Sénat et l'occasion. Certes, il a tout d'un chef définitif de la nation, comme représentation et comme train : chaque mois, grand dîner officiel ; bs princes étrangers, reçus en cérémonie, comblés de présents et traités un peu en vassaux ; une audience, chaque quintidi plus nombreuse et dont les préfets du Palais, en bel habit rouge brodé d'argent, font savamment les honneurs ; les présentations à M™^ Bonaparte instituées dès le 18 ventôse (9 mars), « la cérémonie calquée sur celle qui était autrefois en usage chez la reine » ; les femmes d'ambassadeurs et de ministres tenues d'y figurer et un cercle établi où les gracieuses façons de Joséphine font seules passer sur les rigueurs de l'étiquette ; la maison toute foisonnante de valets à livrée verte galonnée d'or, des écuries où deux cent quatre-vingts chevaux martèlent le pavé, un train de voitures, de chiens, d'équipages, qui, sinon parfait de correction, rappelle les bons modèles et prouve l'intention ; mais tout cela ne fait pas encore le dernier pas franchi.

Le 6 floréal (26 avril), Napoléon tâte le Sénat; passant par-dessus le Tribunat et le Corps législatif dont il redoute l'opposition, car il en a essuyé une vive au Conseil d'Etat, il fait régler par un sénatus-consulte l'amnistie des émigrés, nouveauté grave par ses consé-

quences, mais qui ouvre la voie à d'autres modifications constitutionnelles.

Dix jours après, le 16 floréal (6 mai), sans prévenir Lucien et agissant en dehors de lui, certain de la majorité au Tribunat où les opposants n'ont jamais pu réunir plus de onze voix, il fait, par Gambacérès prévenir le président, Chabot (de l'Allier), qu'on va déposer sur le bureau le traité avec l'Angleterre afin qu'il soit converti en loi et que le moment serait favorable « pour émettre un vœu agréable au Premier Consul ». Chabot se concerte avec Siméon, etla proposition qu'ils font d'inviter le Sénat à donner à Bonaparte un témoig^nage éclatant de la satisfaction nationale, est votée à l'unanimité. Une députation de quatorze membres est chargée de présenter ce vœu au Consul. Dans l'esprit de Bonaparte, c'est du Consulat à vie qu'il s'agit; mais, soit qu'il prétende qu'on lui force la main, soit qu'il hésite lui-même à formuler son désir, tant, de près, il lui paraît ambitieux, il paraît ne vouloir, ni ne pouvoir prononcer le mot ; il laisse volontairement une sorte d'incertitude et ne dévoile pas sa pensée. Même, le 17 floréal (7 mai), quand la députation du Tribunat se présente, il s'enveloppe encore d'équivoque et lui, si net, si clair, si précis, lorsqu'il exprime des idées acquises, il ne trouve pour répondre que des phrases obscures et bredouillantes, a II ne désire pas d'autre gloire que d'avoir rempli tout entière la tâche qui lui était imposée ; il n'ambitionne d'autre récompense que l'affection de ses concitoyens ; heureux s'ils sont bien convaincus que

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